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Pour tous ceux qui l’ont vu, c’était un petit coin de paradis. C’était un terrain appartenant à la ville de Chaville, laissé à l’abandon. L’hiver dernier, des citoyens ont décidé d’en prendre soin.

Un petit coin de paradis au cœur de Chaville

La porte était ouverte. Ils sont entrés. Ils se sont rencontrés. Ils ont enlevé les mauvaises herbes, coupé les ronces, retiré les débris en plastique, les morceaux de ciment, les barres de fers dangereuses, labouré, ou plus exactement greliné la terre. Ils ont planté, semé, arrosé, arrosé, arrosé toutes les semaines depuis deux mois. Ils ont fait de ce terrain vague un petit coin de paradis.

En parallèle de ce travail de la terre, on se renseigne auprès de la mairie: Le plan d’occupation des sols va être modifié. Le temps de décider, de voter et de commencer les travaux, le terrain est disponible jusqu’à février 2012 au moins. Cela laisse le temps de faire deux récoltes - été et automne. Tant pis si cela ne dure pas - profitons du moment, de la brèche.

Butte fertile aux fraises et aux épinards

Nous essayons néanmoins d’obtenir une convention d’utilisation éphémère avec la ville. Nous n’obtenons rien - jusqu’au jour où nous sommes convoqués: «Peut-être que nous avons posé un cadenas pour protéger notre matériel et nos cultures; oui nous savons que le terrain est à la mairie, c’est pourquoi nous voulons signer une convention d’utilisation, c’est ce que nous vous demandons depuis des semaines».

Monsieur le Directeur général adjoint en charge des services techniques, nous affirme que la mairie a ses raisons pour ne pas autoriser l’utilisation de ce terrain. Mais nous les connaîtrons pas. Quant à Monsieur Christophe Tampon-Lajarriette, le maire Adjoint délégué à l’Urbanisme et au Patrimoine communal, il est enfin prêt à nous recevoir bientôt tout de suite, après des mois de silence.

Sinon, amis chavillois jardiniers, soyez rassurés: la Mairie a le projet de créer un jardin partagé. Un jour. Il faut juste amener de la terre sur le bout de terrain en bordure des voies SNCF prévu au grand destin de devenir le premier jardin partagé officiel de la ville Chaville.

En attendant, les services de la mairie reçoivent le code du cadenas. Et nous réitérons notre demande de convention d’utilisation éphémère. Et enfin nous obtenons notre rendez-vous avec le Maire Adjoint!

Nous y allons en pensant soit avoir notre convention, soit connaître la mystérieuse raison qui empêche à la mairie de faire profiter de ce terrain magnifique au plus grand nombre .

Table et chaises dans un jardin chavillois

Hélas, ce rendez-vous n’est qu’un traquenard qui se finit par un ultimatum. Nous sommes presque obligés de signer une confession déclarant que nous avons pénétré «par effraction», que nous avons «pris possession» des lieux, que nous avons refusé d’enlever le cadenas, etc.. En échange de ces aveux, la mairie ne portera pas plainte.

Nous n’avons rien signé, le cadenas a disparu ce soir. On aime la Nature, mais on préfère éviter les ennuis.

Ainsi donc, à deux jours des Jardinades de Chaville, un petit coin de Paradis a été rendu à la bureaucratie municipale chavilloise. Plutôt que d’ouvrir et de partager cet espace vert pendant ses derniers mois d’existence, avant l’arrivée des bétonneuses, la mairie préfère le garder à l’abandon.

C’est sans doute pour préserver nos enfants de la tristesse de voir se transformer un jardin splendide, rempli de chants d’oiseaux et de verdure, en route ou en parking que la ville de Chaville a préféré nous obliger à quitter cet endroit magique.

Une rose de couleur fuchsia

PS (ajout après la publication du billet): Un coup de fil de la mairie, le vendredi 20 mai à 19h00, nous informe que Monsieur Tampon-Lajarriette veut que nous signions le document ce soir. Pourquoi tant d’insistance?

[…] les mères nous tirent à elles autant qu’elles peuvent, on croit leur ressembler, on pense avoir leur perfection leur art leur beauté leur bonté et on s’aperçoit que c’est un mensonge, qu’on est un homme, un portrait du père silencieux, un décalque, une statue animée, alors on ignore vers où on est envoyé, vers où on s’en va, sur des traces invisibles, pourquoi on s’éloigne aussi sûrement de la mère et de la soeur, un aimant nous tire vers un monde abominable de cris dans la nuit,[…]

Mathias Enard - Zone