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Ternies, tachées, déchirées, floues — elles devaient être en 3D ou holographiques —, elles étalaient néanmoins clairement les désirs et fantasmes d’une époque où il était encore possible d’acquérir toutes ces merveilles: une voiture électrique-hydrogène, à base de matériaux recyclés, qui n’émettait aucune pollution; une peinture de façade solaire, qui apportait «20% d’énergie supplémentaire a votre maison de campagne»; des plats micro-ondables (qu’est-ce que ga voulait dire?) à base de légumes bio de culture locale; des croisières en voilier vers des pays dont elle n’avait jamais entendu parler; des spectacles «avec de vrais acteurs, garantis sans holos»; des systèmes d’alarme et antieffraction sophistiqués («ne redoutez plus les invasions!»); des nanopuces implantées, rendant la communication « aussi naturelle que la respiration»; et des climatiseurs, des lotions anti-UV, des recycleurs d’eau, des « potagers d’appartement» qui dénotaient déja une lutte dérisoire — mais lucrative — contre l’inexorable… Découvrant à la lueur vacillante de la torche toutes ces merveilles des temps jadis, Paula en a eu les larmes aux yeux, à imaginer comment vivaient les gens de cette époque qui prenaient encore le métro pour aller au travail, faire leurs courses, voir des spectacles ou des amis, achetaient des lotions anti-UV et des plats « micro-ondables», et, calfeutrés chez eux sans avoir à redouter les «invasions», rêvaient de cette croisière en voilier aux Maldives qu’ils ne pourraient jamais s’offrir…

Jean-Marc Ligny - Exodes

Aimez-vous les histoires de pirates ? Les vraies histoires de pirates ! Celles qui se déroulent sur la mer, à coup de canon et de sabre, mais aussi dans des tavernes aux noms aussi poétique que «Le Rat qui pète», ou bien au cœur de la jungle des Mayas - dans un territoire hors de portée des espagnols, ou encore dans des cachots humides, dont seul le bois pourri permet à ses prisonniers de ne pas mourir de faim ou de soif… Si vous aimez ces histoires de pirates là, alors le Déchronologue est fait pour vous.

Bateau surgissant du Temps

Mais le Déchronologue n’est pas une histoire de pirate ordinaire, celle du Capitaine français Henri Villon. Ce capitaine vit une époque où des phénomènes étranges se produisent. Et il s’est découvert une passion pour les maravillas, ces curieux objets apparus récemment dans la Mer des Caraïbes.

Ces merveilles sont d’étranges boîtes. Certaines contiennent de la nourriture. D’autres permettent de guérir des maladies réputées fatales. Certaines produisent de la lumière. Et d’autres encore de la musique bizarre, d’une autre époque. Il y a cette voix en particulier, un peu plaintive, que le Capitaine Henri Villon aime bien écouter. Ce Bob Dylan.

Et pour que le lecteur comprenne bien que le temps, dans ce roman, s’est totalement détraqué, les chapitres, aussi, ont été déplacés. L’ordre chronologique a disparu au profit d’une narration, étalée sur quinze ans, en forme de va et vient, entre les années et les lieux, entre les îles, les ports et les mers, entre les voyages, les combats et les fuites. Entre Alexandre le Grand, et ce terrifiant navire en métal, qui peut disparaître sous l’eau.

Le Déchronologue, c’est peu Lost, au pays des pirates. La Mer des Caraïbes remplaçant l’île.

Et ce n’est pas Roosevelt qui a inventé ça. Les Babyloniens, les Assyriens, les Mauryas, la Perse, les Incas, les Aztèques, tous, tous étaient des empires hydrauliques avides de chair et de plasma, assoiffés de vies humaines. C’est eux le New Deal, les grandes machines aspirantes et turbines à sang et flics de l’énergie et transformateurs de flotte en noyés. Des cadavres entiers pendent sur leurs portiques, des têtes tournent à toute vitesse sur leurs disjoncteurs, des corps sont mixés dans la salle des machines, des corps sont empalés sur les parafoudres en réserves, des ponts roulants écrasent des jointures de pieds pour faire un mortier pour monter des corps entiers dans le corps du barrage. J’exècre les monuments, Lawson, j’exècre les réseaux aux centre desquels un bouvier bien pourvu en sperme lève le petit doigt sur sa suite de femelles et vomit dans des plats en argent, j’exècre les ruches et leurs rayons ordonnés en quinconce et la chambre nuptiale où trône une reine infirme gavée de gelée tremblotante et dotée d’une espérance de vie quatre cents fois supérieure à celle de ses ouvrières imbéciles. J’expulse les institutions de ma cage thoracique.

Céline Minard - Le Dernier Monde

Dans les temps idylliques, l’or reposait au fond des rivières et luisait au milieu du ballet des ondines. Puis on l’a transporté dans des cavernes sous la surveillance des dragons, mais ils n’arrêtaient pas de s’endormir et se faisait plus souvent qu’à leur tour décapiter par les héros. Dorénavant, pour plus de sûreté, il est dans les coffres des banques sous ses formes triviales de lingots et de billets - et puis partout, matérialisé de façon plus subtile en bâtiment, mobilier, base de données, ordinateur, capable même de se hausser jusqu’à l’immatériel : matière grise, connaissance, inestimable capital humain.

Vincent Message - Les Veilleurs

Peut-être s’appelent-elles Anaïs et Amélie. Et je serais pigiste au Progrès, chargé de rédiger un article sur les deux vainqueurs ex æquo de l’élection de Miss Pouffe Pays jurassien. Je finirais par tout savoir. Pourquoi cette fierté de merde qu’elles cultivent à coup de cambrures disgracieuses, gros derches trop moulés, et ça tord ça tord, et les nichons qui pointent, les tartines de fond de teint, épais traits noirs pour se niquer le regard, accentuer l’air vorace toi tu me reluques pas plus de cinq secondes ou je t’arrache les trous de nez.

Pierric Bailly - Polichinelle

La raison et l’imaginaire se livrent une guerre civile depuis maintenant des siècles. Ils sont comme des enfants que la Vie tient dans ses bras. Elle les regarde se battre avec les yeux rougis d’une maman affligée. Ça lui fait mal. Chacun des coups qu’ils échangent lui fait mal. Elle sait très bien qu’elle ne brillera pas de tout son éclat avant qu’ils soient réconciliés. L’imaginaire confit de superstitions a engendré une raison orgueilleuse et sûre de son bon droit. Cette raison étroite, à son tour, ne pouvait que faire basculer l’imaginaire vers la nuit la plus noire. Cela continue sous nos yeux. Ils serait vraiment temps que cette guerre civile cesse. Qui va baisser les armes en premier? Qui agitera le drapeau blanc? Personnellement, je tiens la vraie raison en grande estime, car je la vois comme une force infinie. La raison des penseurs… des scientifiques… Elle peut nous libérer. Elle a le pouvoir de nous aider à accomplir nos rêves. Le jour où la raison sera vraiment pragmatique, elle réclamera elle-même la prise en compte de l’homme imaginaire. Sinon elle ne fait que jouer avec des pièces tronquées en deux. -- Mais de son côté l’imaginaire doit sortir de la Nuit et reprendre le large. Je ne vois que cette solution. Un pas chacun. C’est comme ça qu’on arrête les guerres.

Vincent Message - Les Veilleurs