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« Ce que j’en pense ? Je vais vous le dire. Je suis l’argent. C’est aussi simple que cela. Je suis l’argent. Je manipule chaque jour des sommes plus importantes que le PNB de notre pays. Chaque jour. Bien plus d’argent que vous ne pourriez imaginer. Parce qu’il existe une vérité première, à son sujet. Lorsqu’il atteint un tel niveau, l’argent change de statut. Il devient une chose démesurée. indépendante, puissante et belle. C’est une tempête, une tornade. Je ne le possède pas, je ne le contrôle pas, car nul n’en serait capable. Il serait impossible d’en devenir le maître. Je ferme les yeux et je pénètre en lui, et il m’emporte pour un temps — seulement Juelques instants car personne, je dis bien personne, ne résisterait plus de quelques secondes sans se faire déchiqueter —, mais quand je ressors de ce tourbillon et que j’ouvre les mains je constate que j’ai saisi et ramené une prise. Ce qu’on appelle le profit. Ce n’est pas un terme vulgaire, c’est la seule chose qu’on peut ramener du monde de la finance. Une simple poignée. Vous pensez que c’est ma motivation, que je fais cela par goût du lucre ? Non, j’exerce de telles activités parce que c’est beau. Beau et terrifiant à la fois. Je risque constamment de me faire débiter en menus morceaux, mais au cours des instants passés dans ce milieu je fusionne avec ces richesses. Vous pouvez parler de valeur fondamentale, de mark-to-market et d’utilité sociale, mais ce sont des mots sans importance parce que l’argent s’en fiche éperdument. Des règles simples, un jeu d’enfants — tu me donnes ceci maintenant, et moi je te donnerai cela plus tard — et tous s’affrontent sans que qui que ce soit puisse totalement appréhender la mêlée qui en résulte, car tout devient alors imprévisible et incontrôlable, Et c’est, à mes yeux magnifique. L’argent. L’argent à l’état brut. Tout se résume à cela, et vous devriez vous féliciter qu’il y ait des gens tels que nous, et je parle autant de Ferid Bey que de moi-même, parce que nous affrontons quotidiennement ce milieu, nous y plongeons les mains pour en extraire ce qui permet au reste du monde de fonctionner. Et si ce cycle s’interrompait, s’il ralentissait, si l’argent perdait brusquement de son éclat, tout ce que vous connaissez actuellement prendrait fin. C’est pour cela que vos théories sont parfaites mais que l’argent n’en a cure. Et que je m’en fiche moi aussi parce que je suis l’argent. Parce que je fais tourner le monde. Je suis l’argent »

Ian McDonald - La Maison des derviches

Ternies, tachées, déchirées, floues — elles devaient être en 3D ou holographiques —, elles étalaient néanmoins clairement les désirs et fantasmes d’une époque où il était encore possible d’acquérir toutes ces merveilles: une voiture électrique-hydrogène, à base de matériaux recyclés, qui n’émettait aucune pollution; une peinture de façade solaire, qui apportait «20% d’énergie supplémentaire a votre maison de campagne»; des plats micro-ondables (qu’est-ce que ga voulait dire?) à base de légumes bio de culture locale; des croisières en voilier vers des pays dont elle n’avait jamais entendu parler; des spectacles «avec de vrais acteurs, garantis sans holos»; des systèmes d’alarme et antieffraction sophistiqués («ne redoutez plus les invasions!»); des nanopuces implantées, rendant la communication « aussi naturelle que la respiration»; et des climatiseurs, des lotions anti-UV, des recycleurs d’eau, des « potagers d’appartement» qui dénotaient déja une lutte dérisoire — mais lucrative — contre l’inexorable… Découvrant à la lueur vacillante de la torche toutes ces merveilles des temps jadis, Paula en a eu les larmes aux yeux, à imaginer comment vivaient les gens de cette époque qui prenaient encore le métro pour aller au travail, faire leurs courses, voir des spectacles ou des amis, achetaient des lotions anti-UV et des plats « micro-ondables», et, calfeutrés chez eux sans avoir à redouter les «invasions», rêvaient de cette croisière en voilier aux Maldives qu’ils ne pourraient jamais s’offrir…

Jean-Marc Ligny - Exodes

Aimez-vous les histoires de pirates ? Les vraies histoires de pirates ! Celles qui se déroulent sur la mer, à coup de canon et de sabre, mais aussi dans des tavernes aux noms aussi poétique que «Le Rat qui pète», ou bien au cœur de la jungle des Mayas - dans un territoire hors de portée des espagnols, ou encore dans des cachots humides, dont seul le bois pourri permet à ses prisonniers de ne pas mourir de faim ou de soif… Si vous aimez ces histoires de pirates là, alors le Déchronologue est fait pour vous.

Bateau surgissant du Temps

Mais le Déchronologue n’est pas une histoire de pirate ordinaire, celle du Capitaine français Henri Villon. Ce capitaine vit une époque où des phénomènes étranges se produisent. Et il s’est découvert une passion pour les maravillas, ces curieux objets apparus récemment dans la Mer des Caraïbes.

Ces merveilles sont d’étranges boîtes. Certaines contiennent de la nourriture. D’autres permettent de guérir des maladies réputées fatales. Certaines produisent de la lumière. Et d’autres encore de la musique bizarre, d’une autre époque. Il y a cette voix en particulier, un peu plaintive, que le Capitaine Henri Villon aime bien écouter. Ce Bob Dylan.

Et pour que le lecteur comprenne bien que le temps, dans ce roman, s’est totalement détraqué, les chapitres, aussi, ont été déplacés. L’ordre chronologique a disparu au profit d’une narration, étalée sur quinze ans, en forme de va et vient, entre les années et les lieux, entre les îles, les ports et les mers, entre les voyages, les combats et les fuites. Entre Alexandre le Grand, et ce terrifiant navire en métal, qui peut disparaître sous l’eau.

Le Déchronologue, c’est peu Lost, au pays des pirates. La Mer des Caraïbes remplaçant l’île.

Et ce n’est pas Roosevelt qui a inventé ça. Les Babyloniens, les Assyriens, les Mauryas, la Perse, les Incas, les Aztèques, tous, tous étaient des empires hydrauliques avides de chair et de plasma, assoiffés de vies humaines. C’est eux le New Deal, les grandes machines aspirantes et turbines à sang et flics de l’énergie et transformateurs de flotte en noyés. Des cadavres entiers pendent sur leurs portiques, des têtes tournent à toute vitesse sur leurs disjoncteurs, des corps sont mixés dans la salle des machines, des corps sont empalés sur les parafoudres en réserves, des ponts roulants écrasent des jointures de pieds pour faire un mortier pour monter des corps entiers dans le corps du barrage. J’exècre les monuments, Lawson, j’exècre les réseaux aux centre desquels un bouvier bien pourvu en sperme lève le petit doigt sur sa suite de femelles et vomit dans des plats en argent, j’exècre les ruches et leurs rayons ordonnés en quinconce et la chambre nuptiale où trône une reine infirme gavée de gelée tremblotante et dotée d’une espérance de vie quatre cents fois supérieure à celle de ses ouvrières imbéciles. J’expulse les institutions de ma cage thoracique.

Céline Minard - Le Dernier Monde

Dans les temps idylliques, l’or reposait au fond des rivières et luisait au milieu du ballet des ondines. Puis on l’a transporté dans des cavernes sous la surveillance des dragons, mais ils n’arrêtaient pas de s’endormir et se faisait plus souvent qu’à leur tour décapiter par les héros. Dorénavant, pour plus de sûreté, il est dans les coffres des banques sous ses formes triviales de lingots et de billets - et puis partout, matérialisé de façon plus subtile en bâtiment, mobilier, base de données, ordinateur, capable même de se hausser jusqu’à l’immatériel : matière grise, connaissance, inestimable capital humain.

Vincent Message - Les Veilleurs

Peut-être s’appelent-elles Anaïs et Amélie. Et je serais pigiste au Progrès, chargé de rédiger un article sur les deux vainqueurs ex æquo de l’élection de Miss Pouffe Pays jurassien. Je finirais par tout savoir. Pourquoi cette fierté de merde qu’elles cultivent à coup de cambrures disgracieuses, gros derches trop moulés, et ça tord ça tord, et les nichons qui pointent, les tartines de fond de teint, épais traits noirs pour se niquer le regard, accentuer l’air vorace toi tu me reluques pas plus de cinq secondes ou je t’arrache les trous de nez.

Pierric Bailly - Polichinelle