Personne ne pouvait te comprendre sauf ceux qui avaient grandi dans les odeurs de pharmacie.

Tu m'affirmais.

Que personne ne pouvait te comprendre sauf ceux qui avaient grandi dans les odeurs de pharmacie.

Que la beauté devait nécessairement être quelque chose de puissant, une force vive.

Que vivre ne devait pas être supporter.

Que c'était un péché de rêver d’un autre monde que celui-ci.

Pour toi, la beauté était une rue grouillant de monde.

La station de tram calcinée par le soleil.

Le cœur qui bat très fort.

Les poumons qui se gonflent.

Les lèvres encore chaudes.

Les frotter fort contre celles de quelqu'un d’autre.

Han Kang - Leçons de grec

Il n’y a pas de monde de l’autre côté du rêve

Au moment où je réalise que je m'étais endormi alors que je rêvais les yeux ouverts, je ne ressens aucune douleur. Ni un sentiment de perte, ni de la résignation. Je ne fais que tourner le dos à ce songe, sans hésitation, pendant que le sommeil quitte mon corps. Ouvrant enfin les yeux, je me contente de fixer le plafond et les objets dont les contours se sont effondrés. Je ne fais que constater calmement qu'il n’y a pas de monde de l’autre côté du rêve d’où je pourrais m’échapper encore une fois.

Han Kang - Leçons de grec

Un amoureux aussi stupide

Pourquoi étais-Je pour vous un amoureux aussi stupide ? Mon amour pour vous ne l'était pas, mais comme je l’étais, ma stupidité l’apeut-être rendu stupide ? Je n'étais pas stupide à ce point, mais la nature stupide de l’amour a peut-être réveillé ma stupidité pour finir par tout détruire ?

Han Kang - Leçons de grec

Un silence froid et dilué

Ce silence revenu au bout de vingt ans n’est ni tiède, ni dense, ni serein comme autrefois. Alors qu’il avait ressemblé à celui qui précède une naissance, il évoque à présent l’après-mort. Naguère, elle était sous l’eau à regarder l’univers extérieur qui ondoyait, elle est à présent devenue un ectoplasme qui rampe sur les surfaces dures des murs et du sol et de là observe le monde contenu dans un immense bassin. Elle entend et lit de manière distincte tous les mots mais aucun son ne sort de sa bouche. C’est un silence froid et dilué, comme une ombre ayant perdu son corps, comme le tronc creux d‘un arbre mort, comme l’espace obscur entre deux planètes.

Han Kang - Leçons de grec