Un silence froid et dilué

Ce silence revenu au bout de vingt ans n’est ni tiède, ni dense, ni serein comme autrefois. Alors qu’il avait ressemblé à celui qui précède une naissance, il évoque à présent l’après-mort. Naguère, elle était sous l’eau à regarder l’univers extérieur qui ondoyait, elle est à présent devenue un ectoplasme qui rampe sur les surfaces dures des murs et du sol et de là observe le monde contenu dans un immense bassin. Elle entend et lit de manière distincte tous les mots mais aucun son ne sort de sa bouche. C’est un silence froid et dilué, comme une ombre ayant perdu son corps, comme le tronc creux d‘un arbre mort, comme l’espace obscur entre deux planètes.

Han Kang - Leçons de grec