On a cessé d’avoir peur du danger
- Il faut voir plus loin que les apparences. Prends les boîtes de nuit. On n’y pense pas, mais ce sont des temples de la civilité. Il y a un peu de grabuge, parfois de l’agressivité, c’est vrai, mais ça reste minime par rapport à ce qui pourrait arriver. Imagine, il peut y avoir 500 personnes qui boivent de l’alcool et qui dansent, sur une musique tellement forte que le système nerveux d’un homme né il y a 300 ans aurait envoyé une décharge d’adrénaline provoquant la fuite la plus rapide dont son corps soit capable. Une musique tellement forte que dans le cas d’un homme né il y a 3000 ans, son cerveau aurait eu besoin d’inventer qu’un dieu est responsable du vacarme, qu’il faut lui sacrifier je sais pas quoi, et prier pour le supplier de stopper la musique. Nous, rien de ça. On trouve ça banal.
[…]
Et ensuite, continuait Raphaëlle, ces 500 personnes elles sont venues en groupe de quoi, peut-être deux, quatre, maximum dix, donc les autres personnes qui remplissent la boîte de nuit sont des étrangers. Les gens dansent et se laissent aller à boire, ils se rendent volontairement vulnérables, ils affaiblissent leur vigilance par l’alcool, ça parmi des centaines d’étrangers. Alors qu’il n’y a pas si longtemps, l’être humain supportait seulement quelques étrangers à la fois, et encore avec méfiance. Les gens vivaient en communautés restreintes, ils se connaissaient tous entre eux. Chaque étranger était suspect, Mais dans notre boîte de nuit hypothétique, ces 500 personnes font confiance à des centaines d’étrangers. En plus, ils le font dans la pénombre, même si le noir a été pendant des milliers d’années une de nos plus grandes menaces.
- Et la beauté de la chose, dans cette boite de nuit qui devrait être extrêmement anxiogène, qui devrait détraquer le système nerveux et faire perdre les pédales, il y a quoi, une trentaine de personnes dont le travail est de de superviser la foule ? Tu imagines, 30 personnes pour contrôler cette foule de 500 êtres humaimsm, en majorité ivres, plongés dans la pénombre, dans un bruit tonitruant et et au milieu d’étrangers. Et après ça, il y a des gens disent qu’on serait en train de régresser vers l’ animalité. C’est le contraire. On s’en éloigne à toute vitesse. On a cessé d’avoir peur du danger.
La trajectoire des confettis - Marie-Èves Thuot