Ce n'est pas comme ça qu'il faut dire
Toutes les trois, elles savent : ce n'est pas comme ça qu'il faut dire, je n’ai pas été. Je ne me suis pas fait. Ce n'est pas mon état. Ce n’est pas un statut. Ce n’est pas le résultat d’une suite d’opérations compliquées et illisibles. C'est une action simple. Exercée sur moi par un autre. Ce n'est pas personne ; c'est quelqu'un qui a fait, Il ne faut pas dire ça. Ce n’est pas possible.
Une femme se fait belle, si tu veux.
Une femme se fait avorter, d'accord.
Mais une femme ne se fait pas violer.
Ça ne peut pas être la même phrase, la même structure, les mêmes modalisateurs de l’action, comme dirait Tass en cours de français. Non, ça ne peut pas. Une femme ne peut pas être le sujet de ces trois phrases. Ces trois phrases ne sont pas les mêmes.
Un homme viole une femme. Des hommes violent des femmes. Très souvent. Il y a des hommes qui violent des femmes. Ils ont des corps, des visages et des noms. On ne peut pas accepter qu’ils disparaissent de la phrase. Que le viol reste suspendu derrière eux, après leur passage, mais personne pour l'avoir commis.
Un homme viole une femme. Un homme viole une femme. C’est comme ça qu'il faut dire. Mais ce n’est pas ce que dit le gendarme, ce n’est pas ce qu’il dit qu’elle a dit.