Le raffinement de l’information

Non, rien à faire, je ne m’y fais pas. Ce que je fais n’a aucun sens. Je découvre un bon restaurant, je le présente à tout le monde dans un magazine. Allez à tel endroit, choisissez tel plat. Mais faudrait-il que les gens se déplacent exprès pour ça? Ils n’ont qu’à goûter eux même et choisir ce qui leur plaît. Non? Pourquoi faut-il dire aux gens ce qu’ils doivent manger? Pourquoi faut-il leur apprendre même la façon de lire un menu et de choisir leur plat? Et en plus, dès qu’un restaurant est rendu célèbre par un article dans les journaux, la qualité de la cuisine et du service se met à baisser. C’est le cas pour neuf établissements sur dix. L’équilibre de l’offre et de la demande est détruit. À cause de gens comme moi. On découvre quelque chose et après on le détruit systématiquement. On trouve quelque chose d’immaculé et on le rend plein de tâches. Les gens appellent ça de l’information. On passe au peigne fin tous les espace de la vie et de l’intimité des gens, et on appelle ça le raffinement de l’information. Ce genre de choses me dégoûte au plus haut point, alors que je le fais moi même.

Haruki Murakami - Danse, danse, danse

2666

Cet énorme pavé, de plus de mille pages, aurait pu être publié sous la forme de cinq livres autonomes, ainsi que l’aurait souhaité l’auteur avant sa mort. De fait chaque chapitre raconte sa propre histoire, indépendante des autres. Cependant, des thèmes et des personnages communs, ainsi bien évidemment la ville de Santa Teresa, le lieu où finit chaque histoire quand elle n’y commence pas, tissent des liens entre les différents chapitres. Cette ville est la transposition de la ville de Ciudad Juárez, située au nord du Mexique, proche de la frontière étasunienne. Ciudad Juárez est tristement célèbre pour les centaines de meurtres de femmes qui ont eu lieu depuis 1993, meurtres restés impunis.

L’éditeur et le légataire littéraire de l’auteur, Roberto Bolaño, ont finalement décidé de publier les cinq livres ensemble. Ce qui est plutôt une bonne chose, sauf si vous devez transporter l’encombrant pavé résultant un peu trop souvent. Heureusement pour moi, je l’ai lu en vacances et je n’ai pas eu à le déplacer dans les transports en commun, contrairement aux livres du reste de l’année.

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Un livre moyen

Après un été à lire des chefs d’oeuvre de la littérature comme Trois Fermier s’en vont au bal, 2666, dont je reparlerai bientôt, ou bien des livres, comme ceux de Haruki Murakami, dont l’histoire est tellement belle qu’on ne voudrait jamais en finir la lecture, lire un livre seulement moyen est reposant. C’est ce que je viens de faire en lisant le dernier Nothomb, une lecture traditionnelle de rentrée pour moi depuis sept ans.

Enfin un livre pour lequel je n’ai pas besoin de chercher pendant des heures un superlatif pour en parler sur ce blog. Le Fait du prince est un livre moyen, ordinaire, normal. Agréable à lire, il se lit juste un peu trop vite (deux aller-retour maison travail, sans l’ouvrir chez moi), et distrayant.

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Une région qu’on aurait dit lacustre

En certaines occasions, assis aux terrasses ou autour d’une table cabaret sombre, le trio s’installait sans aucune raison dans un silence obstiné. Ils paraissaient soudain se pétrifier, oublier le temps et se tourner totalement vers l’intérieur, comme s’ils quittaient l’abîme de la vie quotidienne, l’abîme des gens, l’abîme de la conversation et décidaient de se pencher sur une région qu’on aurait dit lacustre, une région d’un romantisme tardif, où les frontières étaient chronométrées de crépuscule à crépuscule, dix, quinze, vingt minutes qui duraient une éternité, comme les minutes des condamnés à mort, comme les minutes des parturientes condamnés à mort qui comprennent que plus de temps n’est pas plus d’éternité et cependant désirent de toute leurs âmes plus de temps, et ces vagissements étaient les oiseaux qui traversaient de temps en temps et avec quelle sérénité le double paysage lacustre, pareils à des excroissances luxueuses ou des battements de coeur. Puis, bien sûr, ils revenaient du silence endoloris de crampe et se remettaient à parler d’inventions, de femmes, de philologie finnoise, de la construction de routes dans la géographie du Reich.

Roberto Bolanõ - 2666

Le Paradis et l’Enfer selon Archimboldi

Ce soir-là, pendant qu’il travaillait à l’entrée du bar, il se mit à percevoir dans un temps à deux vitesses, le premier était très lent, et gens et objets se déplaçaient dans ce temps de manière imperceptible, l’autre était très rapide et tout, y compris les choses inertes, étincelait de vitesse. Le premier temps s’appelait Paradis, le second Enfer, et la seule chose qu’Archimboldi désirait était de ne jamais vivre dans aucun des deux.

Roberto Bolanõ - 2666

Trois Fermiers s’en vont au Bal

Trois Fermiers s’en vont au Bal. Trois narrations, tour à tour, au travers vingt-sept chapitres, soit neuf chapitres pour chaque arc narratif.

Trois histoires à suivre en parallèle. La première, racontée à la première personne, nous décrit la naissance d’une obsession pour la photo d’Auguste Sanders, et les recherches qui s’en suivent. Tout en suivant sa quête, le narrateur livre pelle mêle diverses réflexions sur la première guerre mondiale, la technique, la photographie, et des figures de l’époque comme Sarah Bernhardt et Henry Ford.

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