En 1920, Hans Reiter naquit. Il n'avait pas l'air d'un enfant mais d'une
algue. [...] Il n'aimait pas la terre et encore moins les forêts. Il n'aimait
pas non plus la mer ou ce que le commun des mortels appelle la mer, et qui en
réalité est seulement la superficie de la mer, les vagues hérissées par le vent
qui peu à peu se sont transformées en une métaphore de défaite et de folie. Ce
qu'il aimait, c'était le fond de la mer, cette autre terre, pleine de plaines
qui n'étaient pas des plaines, de vallées qui n'étaient pas des vallées, et de
précipices qui n'étaient pas des précipices.
Roberto
Bolanõ - 2666
Après six heures de marches dans la montagnes, la joie de se retrouver dans
un petit village à 2000 m d'altitude, à moitié abandonné.

À vue de nez le parking à triplé de capacité en deux ans. Trois grues
étaient en activité dans le village lorsque nous l'avons traversé.


Pour elle, et peut-être pour de nombreuses autres personnes de sa
génération, il semblait que l'avenir serait pire que le présent, que la
"stabilité" était une chimère, et par conséquent que la bonne façon de vivre
consistait à travailler correctement et discrètement, pour un salaire décent,
sans pour autant renoncer aux fonds de retraite, en dépensant autant que faire
se peut cette rénumération dans des sorties au cinéma, des restaurants, des
vêtements "fun", de beaux meubles, une belle vue, et d'autres gâteries de ce
genre. (Je ne veux pas être inspirée par le douleur, dit-elle à son amie Heidi.
Je veux être inspirée par l'amour.) Si l'assiduité au travail de John
signifiait peu pour elle, il en allait de même pour les quêtes intellectuelles
ou spirituelles en tout genre. Ces dernières ne lui paraissaient pas
accessibles, seulement sans intérêt. Les biens et les loisirs décoraient sa
vie, et elle vivait en attendant la mort, ni heureuse, ni triste. Les sociétés
de carte de crédit, les courtiers en prêts hypothécaires, les démarcheurs
téléphoniques et les agences de voyage la sollicitaient continuellement. Elle
ne les appréciait guère, mais ils satisfaisaient partiellement son désir
inquiet d'être reconnue. De temps en temps, elle se servait de sa carte de
crédit pou acheter des choses qu'elle ne pouvait pas vraiment se payer, et
pendant le premier ou même le deuxième paiement la satisfaction qu'elle
expérimentait était quasi sexuelle. Tous ceux qu'elle connaissait vivaient de
façon semblable.
William T. Vollmann - La
Famille Royale
Il est difficile sur un écran de eeepc, avec sa faible résolution, de
sélectionner les plus belles photos de vacances parmi plus de deux cents. En
revanche les photos les plus moches sont plus faciles à choisir.
En attendant de me retrouver devant un écran plus approprié pour les belles
photos, voici quelques exemples de mochetés que l'on peut croiser pendant une
randonnée dans les Alpes, en été.
Un champs de visses: 
Une visse: 
Un animal mort: 
Après avoir jeté un regard vers le dernier balcon, Mays conclut que la
plupart des gens se rendaient au théâtre parce que cette activité satisfait à
toutes les exigences de ce qu'en de lointaines époques on appelait des
«hobbies»: elle était coûteuse, ne produisait rien d'utile, et permettait de
tuer le temps. Le problème de la survie ne tenait plus à la dureté de
l'existence, à sa brutalité et à sa brièveté. Aujourd'hui, la difficulté venait
de ce que la vie était confortable, sinistre et longue.
Richard Powers , Trois fermiers s'en vont au bal
Curieux mois de juin sur ce carnet. Quatre articles écrits seulement, mais
un nombre de visiteurs qui augmente sensiblement, passant de zéro ou un par
jour à deux ou trois. Presque une explosion. Grâce à une écrivain imaginaire, ou
peut-être pas, et au travail de Google, the bad
boy.
Un seul livre de commenté, mais j'en ai lus plus que cela. Un dont il existe déjà une opinion à
laquelle j'ai peu à rajouter. Et un autre que je ne commenterai pas tout de suite, si ce n'est
pour signaler que depuis que j'ai entamé sa lecture je fais des listes partout,
et que j'arrive enfin à revoir ou rappeler des amis que je risquais de perdre
de vue. Enfin un
dernier livre, très oubliable, et au sujet duquel je pourrais facilement
dire un peu de mal. C'est rare, à cause du soin, maniaque, que je prends à
choisir mes lectures, mais tous les livres qui arrivent chez moi ne passent pas
par ce processus de sélection.
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— La troisième dimension de la vitesse est la plus imperceptible. On la
trouve rarement incarnée. Tu es à mes yeux, Caracole, l'un des seuls êtres
vivants que j'ai rencontrés qui la donne à voir — par instants, sur quelques
éclats, quelques flèches. J'appelle cette vitesse le vif. Elle est
adossée, secrètement, à la mort active en chacun, elle la conjure et la
distance. Le vif n'est pas relatif à un espace ou une durée. Il
n'opère pas un pli ou une déchirure dans un tissu préexistant comme l'opère le
mouvement. Il est le surgissement absolu. Il amène, dans un vent, dans une vie,
dans une pensée, le plus petit écart. Un minuscule apport, à peine un
grain, et tout explose... Il faut comprendre que le Mû n'est rupture
qu'en apparence, rupture pour une perception humaine, forcément limitée. En
toute rigueur il demeure une transformation continue.
— Le vif c'est autre chose?
— Le vif c'est ce qui t'a fait, c'est l'étoffe dont sont tissées tes
chaires, Caracole. C'est la différence pure. L'irruption. La frasque.
Quand le vif jaillit, quelque chose, enfin, se passe—
Alain
Damasio, La
Horde du Contrevent,
Six lances, Dix cibles

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Il y a bien longtemps que je n'avais plus lu de philosophie. Bienvenue
dans le désert du réel de Žižek est un livre de
philosophie agréable et facile. Les idées exprimées sont claires, mais pas
forcément toujours très neuves: ce livre est sorti en 2002 et, portant sur les
attentats du 11 septembre, la plupart des analyses de l'auteur ont depuis été
adoptées par le sens commun.
Néanmoins la mise en perspectives de ces évènements est toujours
rafraîchissante pour l'esprit; alors que leur exploitation politique continue,
surtout aux États-Unis, de même que continue l'hystérie anti-musulmane.
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