Vécu Mois de Juillet 2026

Photos d‘immeuble le long d’une voix ferrée

Voici mon billet mensuel répertoriant quelques unes de mes activités pendant ce mois de juillet 2026 lui aussi caniculaire, ce que j’ai lu, vu et écouté pour oublier que j’étais en train de fondre.

Lectures

Quatres livres lus ce mois-ci, et une relecture.

Incandescentes (Devotions en anglais), d’Hannah Kent

Une histoire amour dans une communauté luthérienne dans la Prusse du début du XIX siècle. Cette communauté va fuir vers l’Australie, pour pouvoir pratiquer sa religion sans être persécutée. Ce qui rentre le roman intéressant, c’est l’imbrication entre les deux histoires: l’intime et celle de la communauté.

L’histoire intime est celle d’une rencontre entre deux jeunes personnes, et de la naissance de sentiments de plus en plus intenses qui s’en suit. Ne connaissant rien à l’amour passion ou romantique, ces sentiments sont d’abord vécus comme le prolongement de l’amour de Dieu. Puis l’évidence s’impose : l’être aimé, c’est l’autre.

L’histoire de la communauté est celle d’une fuite de la Prusse, d’un voyage en bateau pour traverser les océans, avec tous les péripéties qui s’en suivent lorsqu’on bourre un bateau avec plus de personnes qu’il n’est prévu d’en transporter, personnes qui n’ont jamais vu la mer. Tout ça est au début du XIX avec sa médecine et son hygiène qui ne vont avoir le pas encore de s’améliorer les siècles suivant. La fin du voyage n’est pas la fin des aventures puisqu’il y a encore la découverte d’une nouvelle terre et le contact avec les autochtones.

Au final un roman magnifique.

Les Vilaines de Camila Sosa Villada

Encore un livre qui parle d’amour, mais de façon un peu différente. Les Vilaines de Camila Sosa Villada, une écrivaine argentine, raconte la vie de sa narratrice dans un premier fil narratif. Et dans une deuxième trame parallèle on suit le quotidien d’une communauté de transsexuelles, à laquelle la narratrice appartient, qui font le trottoir et vivent ensemble, dans la maison la Tante Encarna, figure maternelle d’autorité de cette communauté.

L’histoire est sans doute en partie autobiographique. Il y a de très beaux passages sur se sentir femme dans le corps d’un homme, ou la prostitution comme nécessité et réceptacle de tous les désir du monde.

Plein de poésie, ce livre transforme la trivialité de son sujet –la prostitution et les violences qui malheureusement l’accompagnent souvent– en quelque chose de léger grâce à une touche de réalisme magique.

Aspects de Ian McDonald

Un court roman de science fiction de Ian McDonald, auteur britanique. Le roman est en deux parties : on suit tout d’abord Ptey sur le point d’accomplir un rite de passage qui lui donnera accès à ses huit personnalités différentes, ses Aspects, chacun ayant sa propre compétence. Très pratique. Ensuite l’histoire met en avant d’avantage l’environnement et le contexte de la planète où elle se déroule. On apprend la présence d’une autre civilisation, stationnée sur la planète, mais qui est en fuite devant un ennemi mortel.

Ptey va prendre part à cette fuite qui se déroulera sur des millions d’années et de kilomètres. J’ai eu l’impression de lire du Alastair Reynolds. L’histoire n’est pas toujours facile à comprendre, mais c’est néanmoins très plaisant et de la très bonne science fiction.

Le Royaume de Fabrice Colin

Un livre autobiographique de Fabrice Colin qui raconte sa vie de fan de musique et de jeux de rôle : la découverte des premiers groupes indépendants (The Cure, les Pixies), les errements professionnels après le bac et enfin, le graal, l’entrée dans la vie active dans le milieu «artistique» (littérature, journalisme, jeux de rôle).

Malgré le côté parisien et un peu et même totalement bobo, j’ai retrouvé dans son vécu beaucoup d’éléments communs avec Fabrice Collin. Être né à deux ans d’écart doit y être pour quelque chose. Si je n‘avais pas la Fnac des Halles ni plein de potes pour faire des découvertes, j’ai moi aussi écouté, au tout début des années 90, Les Pixies, Dead Can Dance, ou encore PJ Harvey grâce à une connaissance parisienne. Et j‘ai reconnu dans les pages du Royaume ce sentiment de révélation et d’émerveillement devant un nouveau territoire artistique.

Ce que cette lecture m’a apporté, c’est l’envie de repartir à la découverte de nouvelles musiques.

The City and the City de China Miéville

Ce livre de China Miéville est un polar, une enquête policière, mais un polar concept. Le corps sans vie d’une jeune fille est retrouvée dans la ville de Besźel. L’inspecteur Borlù qui doit mener l’enquête découvre assez vite que la victime habitait la ville d’/Ul Qoma/.

Et c’est là le concept, le truc fou imaginé par l’auteur : Besźel et Ul Qoma sont deux villes dont les territoires respectifs sont totalement imbriqués l’un dans l’autre. Par exemple les trottoirs, les parcs, sont partagés entre les deux villes par une frontière physiquement non visible, mais que les habitants ont appris à percevoir. Dans chaque ville l’interdit absolu est d’entrer dans l’autre ville sans passer par un poste frontière officiel. Même regarder ou écouter l’autre ville est tabou.

J’ai lu ce livre lorsqu’il est sorti, au début des années 2010. Il m’avait marqué sur le moment, mais je n’avais retenu de la lecture que l’histoire de deux villes imbriquées et j’ai eu envie de le relire. Cette seconde lecture m’a fait une plus forte impression encore : la description de l’organisation des deux villes est vraiment à la fois claire et précise, le lecteur devient familier de cet univers pourtant nouveau et intriguant, et en même temps il est complètement happé par le travail de l’inspecteur Borlù, son enquête policière.

Films

Le Limier

Un film policier en huit clôt, des rebondissements en série mais avec du flegme britannique. J’adore.

La nuit du Chasseur

Classique parmi les classiques du cinéma, avec l’un des premiers tueurs en série à l’écran. Sa motivation semble d’abord être l’appât du gain. Puis quand le film avance la haine des femmes apparaît de plus en plus clairement comme une autre motivation. Ses sermons prêchant cette haine sont si convaincants qu’il la transmet à la femme qu’il épouse. Le fuite des deux enfants qu’il pourchasse est l’occasion pour le réalisateur du film et son directeur de la photographie de sublimes tableaux expressionnistes.

Le procès Goldman

Le (second) procès en 1976 d’un anarchiste accusé d’un meurtre crapuleux. Tout le travail de la police l’accuse. Et pourtant…

Je trouve cela impressionnant de retrouver dans les années 60 quelques invariants comme une police raciste qui ment, manipule et intimide. De même que la solidarité entre noirs et juifs, un peu trop oubliée de nos jours.

Le fil

Encore un film de procès. Il s’agit d’une adaptation d’une histoire racontée par Maître Mô, dans son blog, puis publiée ensuite dans son livre. Même en connaissant le fin mot de l’histoire (doublement surprenant, mais je n’en dirai pas plus), le film reste plaisant à regarder. Néanmoins il y a beaucoup de vin et de cigarettes à l’écran, bien plus que dans les écrits de l’avocat.

Marty

Un film qui a eu à la fois la Plame d’or, et l’Oscar du meilleur film. L’histoire est sympa et mignonne; les personnages sont attachants. Mais je ne comprends pas pourquoi autant d’enthousiasme.

Musique

Internet est encore un lieu de partage, et je remercie du fond du cœur toutes les personnes qui ont partagé les vidéos des concerts de la dernière tournée de Nick Cave en Europe mises en ligne par des spectateurs. Nick Cave est un personnage intense, qui se donne complètement à son public. Ne pas avoir assisté à l’un de ses concerts restera sans doute l’un des regrets de cet été. Il me reste ces vidéos non officielles. L’énergie et l’amour sont là.