Articles de l'année 2022 (anciens articles, page 1)
Et ils ont appelé cela le Progrès
Ces misérables esclaves des rouages et des registres se mirent à se féliciter d’être les Vainqueurs de la Nature. Vainqueurs de la Nature, vraiment! En fait, bien entendu, ils avaient simplement renversé l’équilibre de la Nature et étaient sur le point d’en subir les conséquences. Songez donc à quoi ils se sont occupés au cours du siécle et demi qui a précédé la Chose. À polluer les rivières, à tuer tous les animaux sauvages, au point de les faire disparaître, à détruire les forêts, à délaver la couche superficielle du sol et à la déverser dans la mer, à consumer un océan de pétrole, à gaspiller les minéraux qu’il avait fallu la totalité des époques géologiques pour déposer. Une orgie d’imbécillité criminelle. Et ils ont appelé cela le Progrès.
Soleil couchant sur le lac de Dietenbach en janvier
Mais réciproquement la peur chasse l’amour
L’amour chasse la peur, mais réciproquement la peur chasse l’amour. Et non seulement l’amour. La peur chasse aussi l’intelligence, chasse la bonté, chasse toute idée de beauté et de vérité. Ce qui reste, c’est le désespoir muet ou laborieusement blagueur de quelqu’un qui a conscience de la Présence hideuse dans l’angle de la pièce et qui sait que la porte est fermée à clef, qu’il n’y a pas de fenêtres. Et voici que la chose s’abat sur lui. Il sent une main sur sa manche, subodore une haleine puante, tandis que l’assistant du bourreau se penche presque amoureusement vers lui. «C’est ton tour, frère. Aie donc l’amabilité de venir par ici.» Et en un instant sa terreur silencieuse est transmuée en une folie aussi violente qu’elle est futile. II n’y a plus là un homme parmi ses semblables, il n’y a plus un être raisonnable, parlant d’une voix articulée à d’autres êtres raisonnables; il n’y a plus qu’un animal lacéré, hurlant et se débattant dans le piège. Car, en fin de compte, la peur chasse méme l’humanité de l’homme. Et la peur, mes bons amis, la peur est la base et le fondement de la vie moderne. La peur de la technologie tant prônée, qui, si elle élève notre niveau de vie, accroit la probabilité de mort violente. La peur de la science, qui enlève d’une main plus encore qu’elle ne donne avec une telle profusion de l’autre. La peur des institutions dont le caractère mortel est démontrable et pour lesquelles, dans notre loyalisme suicidaire, nous sommes prèts à tuer et à mourir. La peur des Grands Hommes que, par acclamation populaire, nous avons élevés a un pouvoir qu’ils utilisent, inévitablement, pour nous assassiner et nous réduire en esclavage. La peur de la Guerre dont nous ne voulons pas et que nous faisons cependant tout notre possible pour déclencher.



