Le Carnet de Michaël

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Mot-clé - Richard Ford

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vendredi 10 juillet 2009

Mais le mieux ?

Tout ça, c’était bien, parfois même mystérieux, parfois assez visiblement compliqué pour sembler intéressant et même passionnant, la substance dont la vie se nourrit en grande partie et que nous prenons comme acompte sur ce qui nous est dû éternellement. Mais le mieux ?

Inutile de chercher. Le mieux, c’est un concept sans référence dès qu’on est marié et qu’on en a fait un gâchis, peut-être même dès qu’on a goûté son premier banana split à cinq ans et découvert, après l’avoir terminé, qu’on en voudrait un autre. En d’autres termes, mieux vaut tirer un trait dessus. Le mieux, c’est fini.

Richard Ford - Indépendance

jeudi 9 juillet 2009

L’esprit occupé

En d’autres termes, je m’efforce d’avoir toujours l’esprit occupé par une tâche définie et réalisable, afin de ne pas disparaître. Mais il est vrai qu’au moment de glisser dans le sommeil, quand partent à la dérive les soucis et les déboires, il m’arrive de me sentir moi-même flotter et de ne plus trop savoir où je suis ni où je vais. Pourtant, à la vieille injonction : «Fais ta vie», je peux répondre : «J’ai déjà une existence, merci.»

Richard Ford - Indépendance

lundi 6 juillet 2009

La seule vérité gnostique de l’immobilier

Malheureusement, par ignorance et obstination, les Markham n’ont pas réussi à saisir la seule vérité gnostique de l’immobilier (une vérité impossible à révéler sans paraître malhonnête et cynique) : les gens ne trouvent ou n’achètent jamais la maison dont ils rêvaient. L’économie de marché, ai-je appris, ne se fonde même pas approximativement sur la satisfaction des exigences de qui que ce soit. Le principe consiste à vous montrer ce dont vous auriez cru ne vouloir à aucun prix, mais qui est disponible, si bien que vous cédez et commencer à trouver des moyens de vous réconcilier avec cette solution et avec vous-même. D’ailleurs, qu’y a-t-il de mal ? Pourquoi n’obtiendrez-vous que ce que vous croyez chercher, ou seriez-vous limité par ce que vous pouvez simplement escompter ? Ça ne se passe jamais ainsi dans la vie, et si vous n’êtes pas un imbécile vous déciderez que c’est mieux comme ça.

Richard Ford - Indépendance

mardi 19 mai 2009

Un Week end dans le Michigan

Un Week end dans le Michigan est un roman de Richard Ford, raconté à la première personne par Franck Bascombe, le protagoniste principal.

Le personnage de Franck, anti héros de banlieu, est à la recherche perpétuelle de motifs de satisfaction, à l’affût des petits plaisirs et des petits mystères. Sa maison dans le New Jersey, son travail de journaliste sportif, sa liaison avec une jeune infirmière, un week-end de Pâques dans le Michigan, tout est source de bien être et de statut-co, prétexte à ne pas en désirer plus.

Sans attente, en dehors de nouvelles amitiés viriles et superficielles, sa vie semble arrêtée. Son égoïsme et son refus de partager la douleur des autres finiront par blesser ses proches, et isoleront Franck encore plus, y compris du lecteur dont la sympathie ne lui sera plus acquise à un certain point du livre.

Ce roman est une description minutieuse et précise du mode vie des classes moyennes américaines des années 80, aux valeurs simples et conservatrices, apolitiques dans un pays gouverné par Reagan. Baigné dans une ambiance de nostalgie de l’instant présent, sans tristesse, il entraîne le lecteur dans le quotidien des banlieues résidentielles à la recherche du sel de l’existence, selon Franck Bascombe : le mystère.

lundi 4 mai 2009

Le froissement de ses bas

J’entends le froissement de ses bas lorsqu’elle se retourne, puis repart sur la pelouse et dans le vent, les bras écartés du corps, marchant sur la pointe des pieds pour éviter que ses talons ne s’enfoncent dans la terre détrempée. Elle ne se retourne pas - elle ne doit pas le faire - et disparaît rapidement dans la maison. [...] Je reste quelques instants assis à l’endroit où je suis tombé, près de ma voiture, les yeux levés vers les nuages qui se déchirent, en essayant d’arrêter le manège vertigineux du monde. Tout m’a paru attrayant et prometteur, mais je me demande maintenant si la vie ne m’est pas passé sur le corps comme un énorme semi-remorque, avant de m’abandonner , écrasé, au bord de la route.

Richard Ford - Un week-end dans le Michigan

lundi 20 avril 2009

À portée de main

Des choses sont là, à portée de main, dont j’ignore tout mais que j’aimerais peut-être, et qui m’attendent sans doute. Même si je me trompe. Le plaisir violent d’une nouvelle arrivée. Une belle lumière dans un restaurant qui vous plaît particulièrement. Un chauffeur de taxi qui a une vie intéressante à raconter. La voix fortuite et chantante d’une inconnue, que vous pouvez écouter dans un bar où vous entrez pour la première fois, à une heure où vous auriez normalement été seul. Tout cela vous attend. Qu’espérer de mieux ? De plus mystérieux ? De plus désirable ? Rien. Strictement rien.

Richard Ford - Un week-end dans le Michigan