Le Carnet de Michaël

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Mot-clé - Haruki Murakami

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mardi 9 mars 2010

La fin des temps

Les romans d’Haruki Murakami sont pour moi une source de bien-être et de satisfaction. En avoir toujours un d’avance dans ma pile de livres à lire est une assurance contre les mauvais ouvrages, le mauvais temps et le mauvais sort. C’est un réconfort sur commande. La fin des temps a parfaitement rempli ce rôle de rayon de soleil pendant un mois de février bien pluvieux.

Les chapitres impairs de l’ouvrage racontent, à la façon d’un roman noir, les aventures d’un informaticien engagée pour crypter des données. Les chapitre pairs narrent quant à eux la découverte d’un village par un nouvel habitant. Ce village, sa forêt, ses collines et sa rivière, sont isolés du reste du monde par une muraille. Ils obéissent à des règles étranges. Par exemple ils accueillent des licornes pendant la journée, qui ressortent hors des murs pour la nuit. Le héros, qui n’a pas de nom, devient le liseur de rêves de cette communauté.

À la fin du livre il est révélé que les murailles encerclent le monde intérieur de l’informaticien. Ce dernier a la particularité d’avoir un univers intérieur stable et cohérent. De ce fait il est le seul survivant d’expériences sur le cerveau menées quelques années plutôt par l’entreprise qui l’emploie.

Le nouveau venu au village comprend qu’il est à l’origine de cette ville parfaite, où tous les habitants ont une fonction à remplir, où personne ne peut blesser personne, parce que tous ont perdu leurs ego et leurs coeurs. Dans les dernières pages du livre il découvre un moyen de partir et de retourner vers le monde d’où il vient.

Par amour, et parce qu’il se sent responsable de ce lieu, il décide de rester. Même en étant exclu et obligé d’aller vivre dans la forêt, il préfère rester à l’intérieur des murailles de son esprit. Avait-il vraiment le choix? L’informaticien voulait continuer à vivre. Son cerveau a été câblé pour que l’individu physique disparaisse au sein de sa conscience.

Aussi il est difficile de savoir si l’habitant du village a pu décider de rester - auquel cas l’informaticien aurait eu un choix inconscient opposé à son choix conscient - ou bien si la décision de rester a été imposée par la structure du cerveau hébergeant cet univers. Le seul choix issu de son libre arbitre semble être celui de garder son coeur, de redonner le sien à la femme qu’il aime et de s’exclure ainsi de la ville.

Par contrainte extérieure, ou par choix inconscient, le héros de Murakami va abandonner son corps et ses sensations physiques qui le relie au monde pour entrer dans un univers virtuel. Il vivra dans l’éternité de sa conscience, de ses rêves. C’est un destin de Pygmalion inversé, un Pygmalion disparaissant dans la création de son esprit, au lieu d’amener à la vie à cette création.

lundi 9 novembre 2009

Chroniques de l’oiseau à ressort

Voilà un livre qui donne envie de se cuisiner de spaghettis, de quitter son travail du jour au lendemain pour devenir homme au foyer, de s’isoler au fond d’un puits à sec pendant plusieurs jours en jeûnant, de faire des rêves érotiques, de s’asseoir sur un banc et de regarder les gens passer pour laisser venir à nous la solution à nos problèmes.

C’est aussi le premier livre d’Haruki Murakami que je lis sombre au point de faire peur, et d’angoisser. C’est même un roman difficile à lire dans l’obscurité, par exemple le soir dans son lit, sans ressentir le besoin de vérifier par dessus son épaule qu’il n’y a aucune présence indésirable, anormale, derrière soit.

On y reconnaît certains des thèmes habituels de Murakami: des femmes qui disparaissent; «la crise de la trentaine», avec des personnages qui se retrouvent dans une vie qu’ils n’ont pas choisie. Le thème du fil ténu qui sépare une réalité d’une autre réalitée, avec cette question qui accompagne le narrateur : « À quel moment les choses ont commencé à ne plus se dérouler comme elles sont supposer le faire, à quel moment suis-je passé de l’autre côté ? ».

Le thème de la fidélité, très présent, est plus original pour un roman de Murakami. Fidélité en amour et dans le mariage : le narrateur, quitté par sa femme, va tout faire pour la retrouver et la récupérer. Fidélité aux principes, à ce qu’on est, à ce qu’on est supposé faire. Cet attachement à des valeurs guide le héros que traversent des réflexions telles que « Combien de temps dois-je rechercher un chat disparu ? », « Ai-je le droit de quitter, de fuir, ma maison sans avoir résolu les problèmes qui y sont liés, dont je perçois à peine l’existence ? »

Mais ce qui distingue avant tout ce livre des autres livres du même auteur est le sentiment d’angoisse, jamais aussi fort, lorsque le thème du Mal est abordé. Dans l’histoire le mal, sentiment diffus d’un secret malsain, chose étrange qui poursuit le héros narrateur dans les rêves, est incarné principalement par Noboru Wataka, son beau frère.

Il se présente aussi concrètement dans des actes du passé, commis dans les années 30 et 40 par des japonais, des soldats russes sur le continent chinois et dans les mines du goulag.

Voilà donc un livre d’Haruki Murakami, toujours agréable à lire, mais plus noir, moins léger que les autres.

samedi 19 septembre 2009

Angle mort

Un angle mort. Cette femme avait sûrement raison. Il y avait dans mon esprit, dans mon corps, dans mon existence même, un monde englouti, perdu quelque part. C’était peut-être ça qui faisait que ma vie s’écartait légèrement de ce qu’elle aurait dû être.

Haruki Murakami - Chroniques de l’oiseau à ressort

mercredi 10 septembre 2008

Le raffinement de l’information

Non, rien à faire, je ne m’y fais pas. Ce que je fais n’a aucun sens. Je découvre un bon restaurant, je le présente à tout le monde dans un magazine. Allez à tel endroit, choisissez tel plat. Mais faudrait-il que les gens se déplacent exprès pour ça? Ils n’ont qu’à goûter eux même et choisir ce qui leur plaît. Non? Pourquoi faut-il dire aux gens ce qu’ils doivent manger? Pourquoi faut-il leur apprendre même la façon de lire un menu et de choisir leur plat? Et en plus, dès qu’un restaurant est rendu célèbre par un article dans les journaux, la qualité de la cuisine et du service se met à baisser. C’est le cas pour neuf établissements sur dix. L’équilibre de l’offre et de la demande est détruit. À cause de gens comme moi. On découvre quelque chose et après on le détruit systématiquement. On trouve quelque chose d’immaculé et on le rend plein de tâches. Les gens appellent ça de l’information. On passe au peigne fin tous les espace de la vie et de l’intimité des gens, et on appelle ça le raffinement de l’information. Ce genre de choses me dégoûte au plus haut point, alors que je le fais moi même.

Haruki Murakami - Danse, danse, danse