Le Carnet de Michaël

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Tag - Catherine Dufour

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mercredi 2 avril 2008

De la politique

Le plus ennuyeux, en matière de politique, est que chacun des participants croit qu'il est le seul à avoir lu son sun tzu et machiavel. Résultat, vous y croisez cent milles connards qui nomment «tactite» leur sauvagerie, «influence» le goût des autres pour leur argent, «efficacité» leur absence de vue à long terme, «réalisme» leur manque de conviction, et «victoire» les bourdes du camp d'en face. Le pire, c'est que tous ces abrutis osent donner le nom de «vie de la cité» à ce qui n'est qu'un sport sanglant.

C'était un dernier extrait du Goût de l'Immortalité avant de ranger ce livre dans ma bibliothèque. Ensuite j'essaierai d'écrire plusieurs billets sur Les Netocrates, un autre livre d'anticipation, un peu moins noir, et sous la forme d'un essai.

mardi 25 mars 2008

Le goût de l'immortalité

Pour avoir un aperçu de l'histoire racontée par ce roman d'anticipation, le mieux est encore de citer la description qu'en donne la narratrice dans son introduction:

de l’enfant mort, de la femme étranglée, de l’homme assassiné et de la veuve inconsolable, des cadavres en morceaux, divers poisons, d’horribles trafics humains, une épidémie sanglante, des spectres et des sorcières, plus une quête sans espoir, une putain, deux guerriers magnifiques dont un démon nymphomane et une, non, deux belles amitiés brisées par un sort funeste, comme si le sort pouvait être autre chose.

Le roman est constitué d'une longue lettre en forme de confession dans laquelle l'héroïne avoue à un amoureux lointain qui souhaite la rencontrer que, d'une part, elle est bien plus vieille que ce qu'elle prétend, et que, d'autre part, contrairement à lui elle ne doit pas sa longévité à des moyens scientifiques classiques d'échanges d'organes usagés contre des organes clonés.

À partir de son histoire personnelle, nous découvrons celle d'un futur pas si éloigné du notre. Dans ce monde, tous les fléaux en germe en ce début de vingt et unième siècle se sont abattus sur l'humanité: épidémie, atmosphère irrespirable, disparition de la flore et de la faune naturelles, ségrégation entre les différentes couches sociales, terrorisme raciste, manipulation génétique, etc. Bref, c'est du noir, un monde sombre, jamais décrit explicitement, mais qui se détache toujours en arrière plan, en quelques phrases, comme allant de soit.

L'intérêt, la curiosité, que l'on peut trouver amusante ou pas, de ce roman est justement dans la familiarité de ce futur, qui nous est si proche, tout en étant si noir.

En cadeau la couverture de la première édition, celle du livre du poche étant à mon goût trop éloignée de l'atmosphère du livre.

Couverture du livre Le Goût de l'immortalité

vendredi 21 mars 2008

Portrait de shi

Shi est le seul protagoniste de cette pitoyable histoire à avoir vraiment choisi. Je veux dire: effectué des choix, à rebrousse-poil du destin qui voulait lui imposer des catastrophes. À plusieurs reprises, je l'ai vu tout brûler sous ses pas pour sauver ce à quoi il avait décidé de tenir. Il a tout donné à une science, tour perdu pour un ami et tout risqué pour une femme. Bien sûr, encore plus que d'une grande âme, ce genre d'attitude procède d'une grande chance. La première chance de shi résidait dans sa capacité innée à vouloir. Vouloir n'est pas donné à tout le monde. Il faut naître avec des yeux qui voit clair, un cerveau qui décide vite et des bras assez puissant pour agir. Par là-dessus, il faut suffisamment de talent pour que ce que vous voulez, que ce soit une femme, une amitié ou une science, veuille de vous. Et il faut encore la dose suffisante d'orgueil pour estimer que cette science, cette amitié ou cette femme vaut la peine qu'on se donne puisqu'elle est choisie par vous. L'ensemble de ces qualités fait de shi une espèce peu commune. Vous comprenez maintenant pourquoi je n'ai pas donné à cet homme le rôle principal de mon histoire: trop de perfection fatigue. Le souvenir de shi a toujours été pour moi un bon remède contre la tentation du suicide ou du meurtre de masse. On peut estimer que l'humanité n'a pas tout raté, puisqu'elle réussit de temps en temps des créatures comme lui.

Catherine Dufour - Le goût de l'immortalité