Le Carnet de Michaël

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Tag - Alain Damasio

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samedi 6 février 2010

De La Zone du Dehors à Centrale Europe, et retour

Curieux hasard combiné des sorties de livres en poche, de mes achats, et de mes choix de lectures.

Après avoir fini l’année 2009 en terminant le superbe La Zone du Dehors, j’ai passé tout le mois de janvier, du 1 au 31, à ne lire qu’un seul livre: Centrale Europe. Le hasard, donc, a donné à ces deux livres un thème commun: celui du totalitarisme.

La Zone du Dehors, d’Alain Damasio, décrit le totalitarisme doux d’un univers de science fiction, d’une société du contrôle généralisée, d’une démocratie molle où les libertés ont été abandonnées en échange de la sécurité. Cet univers n’est qu’un portrait à peine déformé de notre quotidien. Le roman s’attache à décrire le combat de quelques uns pour sortir de ce carcan, pour redonner au plus grand nombre l’envie d’imaginer une autre vie, puis de la vivre dans son entièreté.

Centrale Europe quant à lui n’est pas qu’un roman. C’est un ensemble de tableaux mettant en scène des personnages fictifs ou réels dans des situations historiques. Certains de ces épisodes sont indépendants de tout fil narratif. D’autres constituent des chapitres plus classique de romans. Tous ces récits dessinent une mosaïque représentant l’Europe, du moins la Centrale Europe ainsi que l’appelle l’auteur.

Dans ce livre la puissance du verbe de Vollman retranscrit la violence, l’horreur et l’absurdité des pires évènements du vingtième siècle européen: guerre, camps d’extermination, police secrète, goulag, etc.

Les dérives liberticides actuelles apparaissent alors dérisoires par rapport aux totalitarismes du passé. Surveillance généralisée, sur internet ou dans la rue, limites de la liberté d’expression, tout cela ne mènera pas forcément à un totalitarisme aussi dur que ceux du passé, difficile à dépasser. Mais cela ne doit être le prétexte pour abandonner la lutte.

Le bienfait du livre La Zone du Dehors est justement de donner de l’envie de se battre. Il décrit le devenir de nos démocraties où la technologie ne sert qu’au biocontrôle et à restreindre les libertés, où la société du loisir satisfait la classe moyenne pour qu’elle oublie ces contrôles, ces restrictions et le sort des laissés pour compte, où l’infantilisation de la population va jusqu’au renommer chaque individu selon sa position, son métier, ses capacités.

Cette société du contrôle apporte le confort au plus grand nombre et étouffe quelques uns. Étouffement physique, étouffement moral, étouffement psychique, ces quelques uns ont besoin de ce soulever contre ce confort. Leur combat est l’histoire du livre. La Zone du Dehors interroge ouvertement le bien fondé d’une telle révolte dans une société qui satisfait le plus grand nombre.

Aucune réponse simple n’est trouvée. Car en définitive c’est au lecteur de répondre. Ce qui pourra le convaincre, c’est le souffle épique, la rage, le désir sauvage d’émancipation, et la foi en la nature humaine du roman.

lundi 30 juin 2008

Le Vif

— La troisième dimension de la vitesse est la plus imperceptible. On la trouve rarement incarnée. Tu es à mes yeux, Caracole, l'un des seuls êtres vivants que j'ai rencontrés qui la donne à voir — par instants, sur quelques éclats, quelques flèches. J'appelle cette vitesse le vif. Elle est adossée, secrètement, à la mort active en chacun, elle la conjure et la distance. Le vif n'est pas relatif à un espace ou une durée. Il n'opère pas un pli ou une déchirure dans un tissu préexistant comme l'opère le mouvement. Il est le surgissement absolu. Il amène, dans un vent, dans une vie, dans une pensée, le plus petit écart. Un minuscule apport, à peine un grain, et tout explose... Il faut comprendre que le n'est rupture qu'en apparence, rupture pour une perception humaine, forcément limitée. En toute rigueur il demeure une transformation continue.

— Le vif c'est autre chose?

— Le vif c'est ce qui t'a fait, c'est l'étoffe dont sont tissées tes chaires, Caracole. C'est la différence pure. L'irruption. La frasque. Quand le vif jaillit, quelque chose, enfin, se passe—

Alain Damasio, La Horde du Contrevent,