Le Carnet de Michaël

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mardi 9 mars 2010

La fin des temps

Les romans d’Haruki Murakami sont pour moi une source de bien-être et de satisfaction. En avoir toujours un d’avance dans ma pile de livres à lire est une assurance contre les mauvais ouvrages, le mauvais temps et le mauvais sort. C’est un réconfort sur commande. La fin des temps a parfaitement rempli ce rôle de rayon de soleil pendant un mois de février bien pluvieux.

Les chapitres impairs de l’ouvrage racontent, à la façon d’un roman noir, les aventures d’un informaticien engagée pour crypter des données. Les chapitre pairs narrent quant à eux la découverte d’un village par un nouvel habitant. Ce village, sa forêt, ses collines et sa rivière, sont isolés du reste du monde par une muraille. Ils obéissent à des règles étranges. Par exemple ils accueillent des licornes pendant la journée, qui ressortent hors des murs pour la nuit. Le héros, qui n’a pas de nom, devient le liseur de rêves de cette communauté.

À la fin du livre il est révélé que les murailles encerclent le monde intérieur de l’informaticien. Ce dernier a la particularité d’avoir un univers intérieur stable et cohérent. De ce fait il est le seul survivant d’expériences sur le cerveau menées quelques années plutôt par l’entreprise qui l’emploie.

Le nouveau venu au village comprend qu’il est à l’origine de cette ville parfaite, où tous les habitants ont une fonction à remplir, où personne ne peut blesser personne, parce que tous ont perdu leurs ego et leurs coeurs. Dans les dernières pages du livre il découvre un moyen de partir et de retourner vers le monde d’où il vient.

Par amour, et parce qu’il se sent responsable de ce lieu, il décide de rester. Même en étant exclu et obligé d’aller vivre dans la forêt, il préfère rester à l’intérieur des murailles de son esprit. Avait-il vraiment le choix? L’informaticien voulait continuer à vivre. Son cerveau a été câblé pour que l’individu physique disparaisse au sein de sa conscience.

Aussi il est difficile de savoir si l’habitant du village a pu décider de rester - auquel cas l’informaticien aurait eu un choix inconscient opposé à son choix conscient - ou bien si la décision de rester a été imposée par la structure du cerveau hébergeant cet univers. Le seul choix issu de son libre arbitre semble être celui de garder son coeur, de redonner le sien à la femme qu’il aime et de s’exclure ainsi de la ville.

Par contrainte extérieure, ou par choix inconscient, le héros de Murakami va abandonner son corps et ses sensations physiques qui le relie au monde pour entrer dans un univers virtuel. Il vivra dans l’éternité de sa conscience, de ses rêves. C’est un destin de Pygmalion inversé, un Pygmalion disparaissant dans la création de son esprit, au lieu d’amener à la vie à cette création.

samedi 6 février 2010

De La Zone du Dehors à Centrale Europe, et retour

Curieux hasard combiné des sorties de livres en poche, de mes achats, et de mes choix de lectures.

Après avoir fini l’année 2009 en terminant le superbe La Zone du Dehors, j’ai passé tout le mois de janvier, du 1 au 31, à ne lire qu’un seul livre: Centrale Europe. Le hasard, donc, a donné à ces deux livres un thème commun: celui du totalitarisme.

La Zone du Dehors, d’Alain Damasio, décrit le totalitarisme doux d’un univers de science fiction, d’une société du contrôle généralisée, d’une démocratie molle où les libertés ont été abandonnées en échange de la sécurité. Cet univers n’est qu’un portrait à peine déformé de notre quotidien. Le roman s’attache à décrire le combat de quelques uns pour sortir de ce carcan, pour redonner au plus grand nombre l’envie d’imaginer une autre vie, puis de la vivre dans son entièreté.

Centrale Europe quant à lui n’est pas qu’un roman. C’est un ensemble de tableaux mettant en scène des personnages fictifs ou réels dans des situations historiques. Certains de ces épisodes sont indépendants de tout fil narratif. D’autres constituent des chapitres plus classique de romans. Tous ces récits dessinent une mosaïque représentant l’Europe, du moins la Centrale Europe ainsi que l’appelle l’auteur.

Dans ce livre la puissance du verbe de Vollman retranscrit la violence, l’horreur et l’absurdité des pires évènements du vingtième siècle européen: guerre, camps d’extermination, police secrète, goulag, etc.

Les dérives liberticides actuelles apparaissent alors dérisoires par rapport aux totalitarismes du passé. Surveillance généralisée, sur internet ou dans la rue, limites de la liberté d’expression, tout cela ne mènera pas forcément à un totalitarisme aussi dur que ceux du passé, difficile à dépasser. Mais cela ne doit être le prétexte pour abandonner la lutte.

Le bienfait du livre La Zone du Dehors est justement de donner de l’envie de se battre. Il décrit le devenir de nos démocraties où la technologie ne sert qu’au biocontrôle et à restreindre les libertés, où la société du loisir satisfait la classe moyenne pour qu’elle oublie ces contrôles, ces restrictions et le sort des laissés pour compte, où l’infantilisation de la population va jusqu’au renommer chaque individu selon sa position, son métier, ses capacités.

Cette société du contrôle apporte le confort au plus grand nombre et étouffe quelques uns. Étouffement physique, étouffement moral, étouffement psychique, ces quelques uns ont besoin de ce soulever contre ce confort. Leur combat est l’histoire du livre. La Zone du Dehors interroge ouvertement le bien fondé d’une telle révolte dans une société qui satisfait le plus grand nombre.

Aucune réponse simple n’est trouvée. Car en définitive c’est au lecteur de répondre. Ce qui pourra le convaincre, c’est le souffle épique, la rage, le désir sauvage d’émancipation, et la foi en la nature humaine du roman.

lundi 9 novembre 2009

Chroniques de l’oiseau à ressort

Voilà un livre qui donne envie de se cuisiner de spaghettis, de quitter son travail du jour au lendemain pour devenir homme au foyer, de s’isoler au fond d’un puits à sec pendant plusieurs jours en jeûnant, de faire des rêves érotiques, de s’asseoir sur un banc et de regarder les gens passer pour laisser venir à nous la solution à nos problèmes.

C’est aussi le premier livre d’Haruki Murakami que je lis sombre au point de faire peur, et d’angoisser. C’est même un roman difficile à lire dans l’obscurité, par exemple le soir dans son lit, sans ressentir le besoin de vérifier par dessus son épaule qu’il n’y a aucune présence indésirable, anormale, derrière soit.

On y reconnaît certains des thèmes habituels de Murakami: des femmes qui disparaissent; «la crise de la trentaine», avec des personnages qui se retrouvent dans une vie qu’ils n’ont pas choisie. Le thème du fil ténu qui sépare une réalité d’une autre réalitée, avec cette question qui accompagne le narrateur : « À quel moment les choses ont commencé à ne plus se dérouler comme elles sont supposer le faire, à quel moment suis-je passé de l’autre côté ? ».

Le thème de la fidélité, très présent, est plus original pour un roman de Murakami. Fidélité en amour et dans le mariage : le narrateur, quitté par sa femme, va tout faire pour la retrouver et la récupérer. Fidélité aux principes, à ce qu’on est, à ce qu’on est supposé faire. Cet attachement à des valeurs guide le héros que traversent des réflexions telles que « Combien de temps dois-je rechercher un chat disparu ? », « Ai-je le droit de quitter, de fuir, ma maison sans avoir résolu les problèmes qui y sont liés, dont je perçois à peine l’existence ? »

Mais ce qui distingue avant tout ce livre des autres livres du même auteur est le sentiment d’angoisse, jamais aussi fort, lorsque le thème du Mal est abordé. Dans l’histoire le mal, sentiment diffus d’un secret malsain, chose étrange qui poursuit le héros narrateur dans les rêves, est incarné principalement par Noboru Wataka, son beau frère.

Il se présente aussi concrètement dans des actes du passé, commis dans les années 30 et 40 par des japonais, des soldats russes sur le continent chinois et dans les mines du goulag.

Voilà donc un livre d’Haruki Murakami, toujours agréable à lire, mais plus noir, moins léger que les autres.

lundi 24 août 2009

Excès de vacances

Mon premier excès de vacances a lieu au moment de choisir les livres que je vais emmener avec moi. Trois semaines en montagnes nécessitent un stock important et varié de lectures.

Pile de livres

Cette année j’ai fait des progrès. Je n’ai pris aucune bande dessinée qui entrait à peine dans la malle, sans être ouverte ensuite. Je me suis contenté d’un stock de comics pour lire sur l’écran de mon ordinateur. Heureusement que leur encombrement était minime, car je n’en ai lu aucun.

Deux jours après mon arrivée j’avais terminé le livre commencé avant de partir. L’année dernière j’avais passé plus d’une semaine à finir Trois Fermiers s’en vont au Bal avant de commencer 2666. Cette année je suis rentré dans Mexico dès les premiers jours.

Au final sur les neufs livres emportés:

  • J’ai lu deux chapitres du roman anglais;
  • J’ai lu une nouvelle du recueil de l’auteur japonnais, ce qui m’a permis de finir le livre;
  • Je n’ai même pas feuilleté le plus minces de toutes les livres;
  • J’ai commencé à apprendre à jouer au jeu d’échecs, mais je débute encore;
  • J’ai lu la moitié d’un livre;
  • J’ai découvert qui était Martin Mantra;
  • J’ai pas ouvert le livre de David Allen en anglais;
  • Ni le numéro de la Revue Multitudes sur le Revenu Universel;
  • J’ai vaguement ouvert un ouvrage en français traduit de l’anglais.

vendredi 14 août 2009

Comment choisir un roman pour les vacances

Chaque année, au début de l’été, la même question se repose, toujours identique. Quel livre vais-je emporter avec moi pour les vacances? Ma pile de livres à lire, achetés les mois précédents, a beau être importante, je m’interdit d’y piocher dedans pour trouver mon compagnon de vacances.

Il existe des règles à respecter, pour choisir un livre de vacances:

  1. Découvrir un nouvel auteur, dont je n’ai rien lu avant;
  2. Cet auteur doit être un contemporain;
  3. Acheter le livre dans l’unique but de le lire pendant les vacances;
  4. Être sûr de la qualité du livre en prenant un livre plébiscité par mes journaux préférés;
  5. Profiter des vacances pour éviter les livres de poches.

Est-il utile de préciser que, comme pour toute règle, celles-ci n’existent que pour être cassées, brisées et foulées aux pieds?

mardi 19 mai 2009

Un Week end dans le Michigan

Un Week end dans le Michigan est un roman de Richard Ford, raconté à la première personne par Franck Bascombe, le protagoniste principal.

Le personnage de Franck, anti héros de banlieu, est à la recherche perpétuelle de motifs de satisfaction, à l’affût des petits plaisirs et des petits mystères. Sa maison dans le New Jersey, son travail de journaliste sportif, sa liaison avec une jeune infirmière, un week-end de Pâques dans le Michigan, tout est source de bien être et de statut-co, prétexte à ne pas en désirer plus.

Sans attente, en dehors de nouvelles amitiés viriles et superficielles, sa vie semble arrêtée. Son égoïsme et son refus de partager la douleur des autres finiront par blesser ses proches, et isoleront Franck encore plus, y compris du lecteur dont la sympathie ne lui sera plus acquise à un certain point du livre.

Ce roman est une description minutieuse et précise du mode vie des classes moyennes américaines des années 80, aux valeurs simples et conservatrices, apolitiques dans un pays gouverné par Reagan. Baigné dans une ambiance de nostalgie de l’instant présent, sans tristesse, il entraîne le lecteur dans le quotidien des banlieues résidentielles à la recherche du sel de l’existence, selon Franck Bascombe : le mystère.

mercredi 11 mars 2009

Into the wild

Qu’est-ce qui pousse un jeune homme, à l’avenir prometteur, à prendre la route, à couper les liens avec sa famille, à choisir une vie simple et frugale, abandonnant sa voiture, et tout son argent, plusieurs fois, à vouloir vivre au plus près de la nature au point de s’isoler quatre mois en Alaska, et d’y trouver la mort? Telles sont quelques unes des questions auxquelles tente de répondre le livre de Krakauer.

Bien que datant de 1992, ce drame est à la fois étonnamment moderne, et universel. Les aspirations de Christopher McCandless, son rejet de la société de la consommation, qu’il juge absurde et dangereuse pour l’humanité, semblent sorties d’un manifeste de la Décroissance. Mais leurs fondements, ses inspirations, sont un peu différents et plus anciens.

Alex était un lecteur assidu de Tolstoï, Thoreau, et Jack London. Leurs écrits ont eu une influence majeure sur sa perception du monde. Le voyage d’Alex n’est finalement qu’une tentative de vivre en accord avec les principes forgés par ses lectures. Lui même a marqué beaucoup des personnes qu’il a croisé, comme Ronald Franz cet homme de 80 ans qu’il a convaincu de quitter son appartement. Son chemin a aussi croisé celui de plusieurs communautés, de vagabonds et de personnage vivant en marge. Ce livre est ainsi l’occasion de croiser une autre Amérique: celle des communautés hippis, ou ce qu’il en reste trente ans après leur début, celle de la route, des auto-stoppeurs, des hobos.

La personnalité de Christopher McCandless est marquante. Elle recèle un désir d’absolu, de pureté typiquement adolescent. Il est rare de voir ces désirs mis en oeuvre avec autant de force et de conviction. Si on accepte l’interprétation de Jon Krakauer, le jeune homme a été au bout de son expérience d’isolement dans la nature pour conclure que «le bonheur n’est vrai que s’il est partagé.» Ce changement de philosophie est une leçon de vie.

lundi 22 décembre 2008

Les Fusils

Les Fusils, de William T. Vollmann, est décrit par son auteur comme un rêve. C’est effectivement le meilleur moyen de l’aborder.

Il faut être prêt à entrer dans un rêve, avec ses incohérences, ses mélanges de personnages et d’époques qui se rencontrent et qui se croisent sans logique immédiate. S’il accepte cette structure décousue du roman, le lecteur pourra alors se laisser emporter pour un voyage dans le Grand Nord, dans le grand froid.

Vollmann reconstitue la dernière expédition de Sir John Franklin, partie à la recherche d’un passage pour rejoindre l’océan pacifique de l’Angleterre en passant au dessus du cercle polaire. Cette aventure finira par la disparition de tous ses participants, certainement morts de faim, de froid, et atteints de saturnisme. Dans ce roman, dans ce rêve donc, le personnage de John Franklin est identifié à Capitaine Subzéro, autre personnage, voyageur du vingtième siècle s’aventurant chez les inuits. Les deux partagent la même amante, Reepah, «une femme au coeur magnifique».

Le froid, la faim, la famine, la chasse, le cannibalisme, la survie à -30 degré (une température chaude), ce livre nous emmène dans des territoires inconnus, et extrêmes. Ses descriptions précises de paysages, d’étendues quasi désertiques que le soleil de nuit baigne de couleurs multiples, rendent attirantes ces régions.

Les Fusils est ainsi un livre étrange, qui éveille notre goût de l’aventure.

mardi 9 septembre 2008

2666

Cet énorme pavé, de plus de mille pages, aurait pu être publié sous la forme de cinq livres autonomes, ainsi que l’aurait souhaité l’auteur avant sa mort. De fait chaque chapitre raconte sa propre histoire, indépendante des autres. Cependant, des thèmes et des personnages communs, ainsi bien évidemment la ville de Santa Teresa, le lieu où finit chaque histoire quand elle n’y commence pas, tissent des liens entre les différents chapitres. Cette ville est la transposition de la ville de Ciudad Juárez, située au nord du Mexique, proche de la frontière étasunienne. Ciudad Juárez est tristement célèbre pour les centaines de meurtres de femmes qui ont eu lieu depuis 1993, meurtres restés impunis.

L’éditeur et le légataire littéraire de l’auteur, Roberto Bolaño, ont finalement décidé de publier les cinq livres ensemble. Ce qui est plutôt une bonne chose, sauf si vous devez transporter l’encombrant pavé résultant un peu trop souvent. Heureusement pour moi, je l’ai lu en vacances et je n’ai pas eu à le déplacer dans les transports en commun, contrairement aux livres du reste de l’année.

Les cinq histoires de l’ouvrage n’ont pas toutes la même ampleur. La deuxième et la troisième paraissent bien anecdotiques en regard des trois autres.

Le premier livre, “La partie des critiques”, raconte avec légèreté les amours et la passion de quatre universitaires pour un mystérieux écrivain allemand Benno von Archimboldi. En poursuivant cet écrivain, qui n’a pas été aperçu depuis des dizaines d’années, trois d’entre eux se retrouvent dans la ville de Santa Teresa. À partir de ce moment l’histoire bascule. La ville, sa chaleur, sa pollution et ses crimes, les étouffent et les plongent dans un sentiment d’irréalité qui atteint aussi le lecteur. Lorsqu’ils ne restent plus que deux à continuer leur séjour, tout en ayant abandonné leur quête de l’écrivain, le temps et l’histoire se suspendent.

Le deuxième livre raconte la vie d’un philosophe, entr’aperçu dans la première histoire, venu vivre à Santa Teresa. Le troisième livre est consacré à un journaliste venu suivre un match de box, toujours dans la même ville. Cette intrigue s’intégrera dans la trame du roman lorsque le journaliste rencontrera de la fille du philosophe.

Le quatrième livre constitue le coeur de l’ouvrage. Il est constitué principalement d’une énumération chronologique de toutes les femmes retrouvées mortes, de leurs apparences et des conditions dans lesquelles chaque corps a été signalé à la police. D’un style froid comme un rapport de police, la succession des paragraphes courts n’est pas sans rappeler certains romans de James Ellroy. Cette énumération morbide est entrecoupée par des digressions autour de personnages secondaires. Alors que chaque description de femme morte occupe généralement un seul et court paragraphe, d’une page environ, ces histoires en marge de la trame principale sont l’occasion pour Bolaño d’écrire de véritables petites nouvelles. Telle est l’histoire de la voyante Florita Almada dont la narration s'étend sur 12 pages, depuis son enfance jusqu’à son irruption dans le récit principal.

Le dernier chapitre raconte la vie de celui qui deviendra l’écrivain Benno von Archimboldi. La rupture de ton avec le chapitre précédent est radicale, ce chapitre étant le plus poétique du livre, voire le plus onirique. Né Hans Reiter, le futur écrivain aura une vie mouvementée, combattant pendant la seconde guerre, non pas avec courage mais avec désinvolture, puis multipliant les petits métiers pour survivre et pour parcourir l’Europe. Là encore Bolaño multiplie les intrigues secondaires, les récits dans le récit, les retours en arrière. Ce foisonnement d’histoires est un véritable plaisir pour le lecteur qui, en plus, a le sentiment d’entrer dans un monde secret en découvrant enfin le sujet principal du premier chapitre, resté caché jusqu’alors.

Dans une intrigue annexe consacrée à la soeur de Hans Reiter, Les dernières pages du livre expliquent la présence de l’écrivain à Santa Teresa. C’est alors que l’histoire reste suspendue dans le vide, inachevée. Les crimes restent sans aucune explication, aucun mystère n’est résolu, et la fin de l’histoire de Benno von Archimboldi nous restera inconnue.

Ce n’est pas la frustration qui s'empare du lecteur à ce moment là, mais plutôt le sentiment que, quelque part dans les pages précédentes, des indices ont été semés, une clé a été cachée. Une clé qui permet de tout expliquer: la laideur de Santa Teresa, les crimes abominables, le génie d’Archiboldi. Une clé pour comprendre l’âme humaine, capable de ces crimes comme de cette oeuvre.

La première chose que l’on désire en terminant ce livre, c’est de le recommencer depuis le début.

lundi 1 septembre 2008

Un livre moyen

Après un été à lire des chefs d’oeuvre de la littérature comme Trois Fermier s’en vont au bal, 2666, dont je reparlerai bientôt, ou bien des livres, comme ceux de Haruki Murakami, dont l’histoire est tellement belle qu’on ne voudrait jamais en finir la lecture, lire un livre seulement moyen est reposant. C’est ce que je viens de faire en lisant le dernier Nothomb, une lecture traditionnelle de rentrée pour moi depuis sept ans.

Enfin un livre pour lequel je n’ai pas besoin de chercher pendant des heures un superlatif pour en parler sur ce blog. Le Fait du prince est un livre moyen, ordinaire, normal. Agréable à lire, il se lit juste un peu trop vite (deux aller-retour maison travail, sans l’ouvrir chez moi), et distrayant.

Le livre idéal pour se remettre des vacances.

samedi 16 août 2008

Trois Fermiers s’en vont au Bal

Trois Fermiers s’en vont au Bal. Trois narrations, tour à tour, au travers vingt-sept chapitres, soit neuf chapitres pour chaque arc narratif.

Trois histoires à suivre en parallèle. La première, racontée à la première personne, nous décrit la naissance d’une obsession pour la photo d’Auguste Sanders, et les recherches qui s’en suivent. Tout en suivant sa quête, le narrateur livre pelle mêle diverses réflexions sur la première guerre mondiale, la technique, la photographie, et des figures de l’époque comme Sarah Bernhardt et Henry Ford.

La seconde histoire est celle de ces trois fermiers, de gauche à droite sur la photo: Hubert, Peter et Adolphe. Trois fermiers, trois destins liés à la guerre. Des histoires tragi-comiques, burlesques.

La dernière histoire est celle d’une autre obsession, celle de Peter Mays pour une rousse aperçue dans la foule d’un défilé. Ses recherches vont l’amener lui aussi vers Sarah Bernhardt, Henry Ford et la photo, naturellement.

Ces trois histoires sont ainsi liées entre elles, la photo qui donne son titre au livre constituant le noeud central, leur intersection. Malgré leurs quasi similitude les trois versions des destinées des trois personnages varient sur quelques détails, et ces légères incohérences [1] sont autant d’indices laissés par l’auteur que nous lisons non pas une fiction, mais au moins trois fictions, trois inventions, qui sont autant d’hommages à la photographie de Sanders.

Elle ne connaissait pas les jeunes gens photographiés, mais avait inventé, par nécessité, toute une histoire qui les reliait à elle via cette image docile. Après des années passées à essayer de monopoliser le cliché, elle avait dû finir par laisser la question de l’authenticité, non pas au photographe, ni même à la machine qui reproduit sans discrimination, mais à chaque spectateur qui fausse l’image dans la chambre noire de son imagination.

Ce roman est étonnant, stimulant et passionnant. Il s’agit du premier roman de Richard Powers, publié aux États-Unis en 1985, après plus de deux ans d’écriture, et traduit en France seulement en 2004! Depuis nous avons droits à une traduction tous les deux ans, ce qui est un peu plus rapide que l’intervalle de publication de chaque roman aux États-Unis. C’est peut-être frustrant mais au moins cela nous laisse le temps d’apprécier chaque oeuvre.

J’attends néanmoins avec impatience, et peut-être en vain, la traduction de Galatea 2.2, dans lequel Richard Powers décrit dans quel état il a écrit ce premier roman. Une mise en perspective supplémentaire et sûrement intéressante.

Notes

[1] Par exemple Peter Mays, supposé être le descendant de Peter, l’homme au centre de la photographie, possède les troubles caractéristiques des descendants d’Adolphe, le personnage de droite: «le besoin irrépressible de suivre les rousses perçues dans la foule»

lundi 9 juin 2008

Le roman que je ne lirai jamais

Six lances, Dix cibles

Couverture du livre de Ludivine Cissé: Six lances, dix cibles

Un titre superbe, une critique, un peu confuse, mais surtout élogieuse dans un magazine apprécié, accompagnés par deux photos de l'écrivain troublante, un blog mystérieux, les premières lignes du roman sur un site depuis novembre dernier, une couverture qui ressemble à un faux, aucune information chez mon libraire ou sur internet sur la date de sortie...

Et puis hier soir la révélation: ce livre n'existe pas. C'est le magazine Chronicart qui s'est amusé à créer un numéro rempli de faux: des critiques et des interviews, de livres, d'auteurs, de disques, films, de bande dessinées, de tout! qui n'existent pas.

Et moi qui ait voulu y croire, alors même que j'avais la vérité sous les yeux, dans la liste des sorties des Éditions de Minuit jusqu'à la rentrée littéraire...

Le plus drôle, c'est qu'au même moment où je harcelais presque quotidiennement mon libraire pour qu'il me trouve des traces de ce livre imaginaire, j'étais en train de lire les dernières pages du livre Les Falsificateurs.

Troublant.

lundi 2 juin 2008

Bienvenue dans le désert du réel

Il y a bien longtemps que je n'avais plus lu de philosophie. Bienvenue dans le désert du réel de Žižek est un livre de philosophie agréable et facile. Les idées exprimées sont claires, mais pas forcément toujours très neuves: ce livre est sorti en 2002 et, portant sur les attentats du 11 septembre, la plupart des analyses de l'auteur ont depuis été adoptées par le sens commun.

Néanmoins la mise en perspectives de ces évènements est toujours rafraîchissante pour l'esprit; alors que leur exploitation politique continue, surtout aux États-Unis, de même que continue l'hystérie anti-musulmane.

Je n'ai pas très envie de faire un compte rendu plus détaillé du livre. Je vais plutôt continuer à m'en servir comme source (presque) inépuisable de citations pour ce site.

vendredi 23 mai 2008

Des fleurs pour Algernon

(attention, ce qui suit dévoile la fin du roman)

L'histoire, racontée à la première personne par son personnage principal, est celle de Charlie Gordon, un handicapé mental qui se fait opéré pour devenir intelligent. "Un teligent" comme il l'écrit dans les premières pages du livre, alors qu'il n'a pas encore pu apprendre l'orthographe. Ce qui rend la lecture de ces premières pages un peu pénible. L'opération sera un grand succès, mais les effets auront une durée limitée.

La description de la vie d'un handicapé semble très réaliste, notamment la cruauté qu'il subit, tant lorsqu'il est enfant que lorsqu'il est adulte. L'histoire se déroulant dans les années 60, le politiquement correct n'existe pas encore, et les moqueries à l'encontre du héros, quand il est encore handicapé, s'expriment ouvertement. Les scènes de vie familiales sont dures elles aussi, et décrivent une mère, obsédée par les apparence, qui ne peut admettre la situation de son fils, puis qui voudra le cacher.

La difficulté de décrire Charlie Gordon avec plusieurs états d'intelligence et de conscience est résolu par l'écrivain en rendant son personnage schizophrène. Même au sommet de son intelligence, l'ancien Charlie est présent dans l'inconscient du nouveau Charlie, devenu un génie. À la fin du roman l'ancien a seulement repris sa place.

L'auteur a une vision positiviste et mécanique du cerveau mis en équation, et la psychologie travaille main dans la main avec la médecine et la chirurgie neuronale. Ce côté science fiction "naïve" est loin d'être désagréable, mais rappelle seulement l'âge du livre, sorti en 1966, lui même une re-écriture par son auteur d'une nouvelle de 1959.

Cela n'empêche pas le roman d'être très bien pensé, très bien écrit et touchant. La chute du héros se passe en quelques pages, soulageant ainsi la tristesse que ne peut manquer de ressentir le lecteur en voyant revenir l'ancien Charlie Gordon reprendre sa place et oublier son autre moi.

mardi 15 avril 2008

Blankets - Manteau de neige

Je ne voudrais pas transformer ce blog en «un pousse à la consommation», et en faire un Inrocks au rabais, mais il m'est aussi impossible de ne pas vous recommander de vous précipiter sur Blankets, une bande dessinée de Craig Thompson qui fera date dans l'histoire du huitième art.

Comme à propos je ne travaille pas aux Inrocks/Telerama/Technikart, les mots justes que je devrais utiliser pour décrire à quel point Blankets est une oeuvre sublime me manquent. Il s'agit d'un roman graphique, au sens américain du terme, racontant sur un mode autobiographique une histoire d'amour entre deux adolescents issus de milieux modestes, partageant la même foi chrétienne.

Bon, ceci n'est qu'un mince aperçu de l'histoire. Et une bande dessinée, tout comme un roman ou un film, ne se résume pas à une histoire. Il faut y ajouter les personnages et le style, autres ingrédients qui constituent une oeuvre.

Dans Blankets l'alchimie entre les dessins et l'histoire, entre la beauté graphiques des personnages et la pureté de leurs sentiments, entre les paysages enneigés et la chaleur humaine, atteint une perfection que je n'ai jamais vue ailleurs.

(Attention le paragraphe suivant révèle la fin de l'histoire)

Mon seul regret concerne le dénouement: Que Craig questionne sa foi à la lumière de la philosophie pour s'en défaire me paraît une évolution naturelle. Qu'il décide dans le même mouvement de couper les ponts avec Raina, alors même que les liens qui l'unissaient à elle allaient au delà et semblaient plus fort que leurs sentiments religieux, me laisse triste et perplexe. Cet amour n'aurait-il pas pu survivre au passage à l'âge adulte, quitte à se transformer en amitié?

ps: En écrivant cet article j'ai découvert le blog de Craig Thompson, lisible sans flash, contrairement à son site.

mercredi 9 avril 2008

Le Long Chemin du Retour

Choisir un Silverberg de poche en librairie, c'est un peu choisir la solution de facilité lorsque je ne sais pas quoi acheter comme livre, ayant oublier ma liste de livres à lire. La lecture est agréable, les univers qu'il décrit, qu'il s'agisse de faune, de flore ou de sociétés humaines, sont dépaysant, plaisants à découvrir, détaillés et précis.

Roman d'apprentissage, Le Long Chemin du Retour raconte le retour chez lui d'un jeune Maître, après la révolte du Peuple contre sa caste. Joseph Keilloran va devoir traverser un continent pour retourner chez lui. Son voyage, ses rencontres, en particulier avec d'autres espèces, vont le transformer profondément et changer sa manière d'appréhender le monde. Ci-après un extrait du dernier paragraphe du livre.

Il n'était plus celui qu'il avait été autrefois, il n'était pas certain de ce qu'il était réellement devenu, et il n'était pas certain du tout sûr de qui il allait être. Il était plein de questions, et certaines de ces questions n'auraient peut-être jamais de réponse, bien qu'il voulût penser qu'il continuerait à les poser, encore et toujours, malgré tout. [...] Il avait suivi la plus longue route possible, un voyage qu'il l'avait entraîné loin à l'intérieur de lui-même et l'avait fait ressortir dans un endroit étrange et nouveau. Il savait qu'il lui faudrait du temps pour découvrir la nature de cet endroit.

mardi 25 mars 2008

Le goût de l'immortalité

Pour avoir un aperçu de l'histoire racontée par ce roman d'anticipation, le mieux est encore de citer la description qu'en donne la narratrice dans son introduction:

de l’enfant mort, de la femme étranglée, de l’homme assassiné et de la veuve inconsolable, des cadavres en morceaux, divers poisons, d’horribles trafics humains, une épidémie sanglante, des spectres et des sorcières, plus une quête sans espoir, une putain, deux guerriers magnifiques dont un démon nymphomane et une, non, deux belles amitiés brisées par un sort funeste, comme si le sort pouvait être autre chose.

Le roman est constitué d'une longue lettre en forme de confession dans laquelle l'héroïne avoue à un amoureux lointain qui souhaite la rencontrer que, d'une part, elle est bien plus vieille que ce qu'elle prétend, et que, d'autre part, contrairement à lui elle ne doit pas sa longévité à des moyens scientifiques classiques d'échanges d'organes usagés contre des organes clonés.

À partir de son histoire personnelle, nous découvrons celle d'un futur pas si éloigné du notre. Dans ce monde, tous les fléaux en germe en ce début de vingt et unième siècle se sont abattus sur l'humanité: épidémie, atmosphère irrespirable, disparition de la flore et de la faune naturelles, ségrégation entre les différentes couches sociales, terrorisme raciste, manipulation génétique, etc. Bref, c'est du noir, un monde sombre, jamais décrit explicitement, mais qui se détache toujours en arrière plan, en quelques phrases, comme allant de soit.

L'intérêt, la curiosité, que l'on peut trouver amusante ou pas, de ce roman est justement dans la familiarité de ce futur, qui nous est si proche, tout en étant si noir.

En cadeau la couverture de la première édition, celle du livre du poche étant à mon goût trop éloignée de l'atmosphère du livre.

Couverture du livre Le Goût de l'immortalité

jeudi 28 février 2008

Peste

Alors le dernier Palahniuk? Eh bien plus digeste que le précédent. Au moins celui-ci est lisible d'une traite, sans en être écoeuré. Cette fois le côté gore est très léger. Et Palahniuk est toujours un très bon compteur, truffant ces récit de faits, réels ou inventés, médicales, historiques ou scientifiques, qui donnent à ses histoires un aspect authentique, réel. La narration sous forme de témoignage renforce cette impression de lire une enquête, une reconstitution.

Comme dans À l'estomac, la multiplicité des narrateurs donne à Palahniuk l'occasion de multiplier ces anecdotes. Cela commence par un marchand de voiture qui dévoile ses secrets de vendeur, en s'appuyant sur la PNL. Plus loin nous avons droit à un mini cours de psycho-sociologie sur l'importance des croyances partagées comme ciment social; les croyances enfantines, comme Noël ou la petite sourie, étant les premières à jouer ce rôle de socle communautaire.

Comme toujours la fin contient son lot de surprises, plus particulièrement sur l'identité des personnages. Depuis Fight Club, c'est un autre des plaisirs de la lecture des romans de Palahniuk: essayer de deviner d'où va venir le retournement final, et d'assister à une collision des identités. Peste est, sur cet aspect, l'un de ses romans les plus réussis.

Ps: en rédigeant ce billet j'apprends ici que Palahniuk a l'intention d'écrire deux autres romans, en 2011 et 2013, avec le même personnage principal, Rant, qui a donné son nom au livre en anglais.

mardi 22 janvier 2008

Encore un livre à lire

Alors que je viens à peine de commencer un des nombreux libres que j'ai reçu à Noël, voilà que j'apprends que le nouveau Palahniuk est déjà sorti! En plus il a l'air très alléchant si j'en crois cette critique:

Buster Casey peut mesurer le taux de cholestérol d’une femme en lui touchant la chatte. Rant Casey échappe à la mort. Buster Casey est Kaiser Soze. Buster Casey est l'Amérique. Buster Casey est Dieu.

En plus la couverture française est particulièrement belle et bien choisie:

Couverture du livre Peste de Palhaniuk - Une chauve-souris aux ailes repliées

Bon, je vais malgré tout aller au bout du Silverberg avant de retourner dans une librairie.