Un angle mort. Cette femme avait sûrement raison. Il y avait dans mon esprit, dans mon corps, dans mon existence même, un monde englouti, perdu quelque part. C’était peut-être ça qui faisait que ma vie s’écartait légèrement de ce qu’elle aurait dû être.
Citation
samedi 19 septembre 2009
Angle mort
Par Michaël Parienti le samedi 19 septembre 2009, 04:44
vendredi 10 juillet 2009
Mais le mieux ?
Par Michaël le vendredi 10 juillet 2009, 15:51
Tout ça, c’était bien, parfois même mystérieux, parfois assez visiblement compliqué pour sembler intéressant et même passionnant, la substance dont la vie se nourrit en grande partie et que nous prenons comme acompte sur ce qui nous est dû éternellement. Mais le mieux ?
Inutile de chercher. Le mieux, c’est un concept sans référence dès qu’on est marié et qu’on en a fait un gâchis, peut-être même dès qu’on a goûté son premier banana split à cinq ans et découvert, après l’avoir terminé, qu’on en voudrait un autre. En d’autres termes, mieux vaut tirer un trait dessus. Le mieux, c’est fini.
Richard Ford - Indépendance
jeudi 9 juillet 2009
L’esprit occupé
Par Michaël le jeudi 9 juillet 2009, 17:00
En d’autres termes, je m’efforce d’avoir toujours l’esprit occupé par une tâche définie et réalisable, afin de ne pas disparaître. Mais il est vrai qu’au moment de glisser dans le sommeil, quand partent à la dérive les soucis et les déboires, il m’arrive de me sentir moi-même flotter et de ne plus trop savoir où je suis ni où je vais. Pourtant, à la vieille injonction : «Fais ta vie», je peux répondre : «J’ai déjà une existence, merci.»
Richard Ford - Indépendance
lundi 6 juillet 2009
La seule vérité gnostique de l’immobilier
Par Michaël le lundi 6 juillet 2009, 15:34
Malheureusement, par ignorance et obstination, les Markham n’ont pas réussi à saisir la seule vérité gnostique de l’immobilier (une vérité impossible à révéler sans paraître malhonnête et cynique) : les gens ne trouvent ou n’achètent jamais la maison dont ils rêvaient. L’économie de marché, ai-je appris, ne se fonde même pas approximativement sur la satisfaction des exigences de qui que ce soit. Le principe consiste à vous montrer ce dont vous auriez cru ne vouloir à aucun prix, mais qui est disponible, si bien que vous cédez et commencer à trouver des moyens de vous réconcilier avec cette solution et avec vous-même. D’ailleurs, qu’y a-t-il de mal ? Pourquoi n’obtiendrez-vous que ce que vous croyez chercher, ou seriez-vous limité par ce que vous pouvez simplement escompter ? Ça ne se passe jamais ainsi dans la vie, et si vous n’êtes pas un imbécile vous déciderez que c’est mieux comme ça.
Richard Ford - Indépendance
samedi 6 juin 2009
Harmonie qui ne se trouble…
Par Michaël le samedi 6 juin 2009, 08:18
Pour faire les amitiés sincères et durables entre femme, il faut qu’elles aient été cimentées par de petits crimes. Quand deux amies peuvent se tuer réciproquement, et se voient un poignard empoisonné dans la main, elles offrent le spectacle touchant d’une harmonie qui ne se trouble qu’au moment où l’une d’elles a, par mégarde, lâché son arme.
Balzac, Les Secrets de la princesse de Cadignan
mercredi 6 mai 2009
Collabo
Par Michaël le mercredi 6 mai 2009, 21:08
Les situations historiques toujours nouvelles dévoilent les possibilités constantes de l’homme et nous permettent de les dénommer. Ainsi, le mot collaboration a conquis pendant la guerre contre le nazisme un sens nouveau : être volontairement au service d’un pouvoir immonde. Notion fondamentale ! Comment l’humanité a-t-elle pu s’en passer jusqu’en 1944 ? Le mot une fois trouvé, on se rend compte de plus en plus que l’activité de l’homme a le caractère d’une collaboration. Tous ceux qui exaltent le vacarme mass-médiatique, le sourire imbécile de la publicité, l’oubli de la nature, l’indiscrétion élevée au rang de vertu, il faut les appeler : collabos du moderne.
Milan Kundera - Soixante treize mots dans l’Art du roman
lundi 4 mai 2009
Le froissement de ses bas
Par Michaël le lundi 4 mai 2009, 20:36
J’entends le froissement de ses bas lorsqu’elle se retourne, puis repart sur la pelouse et dans le vent, les bras écartés du corps, marchant sur la pointe des pieds pour éviter que ses talons ne s’enfoncent dans la terre détrempée. Elle ne se retourne pas - elle ne doit pas le faire - et disparaît rapidement dans la maison. [...] Je reste quelques instants assis à l’endroit où je suis tombé, près de ma voiture, les yeux levés vers les nuages qui se déchirent, en essayant d’arrêter le manège vertigineux du monde. Tout m’a paru attrayant et prometteur, mais je me demande maintenant si la vie ne m’est pas passé sur le corps comme un énorme semi-remorque, avant de m’abandonner , écrasé, au bord de la route.
Richard Ford - Un week-end dans le Michigan
samedi 25 avril 2009
Le claquement de la cravache et du fouet
Par Michaël le samedi 25 avril 2009, 15:30
D’où vient le mot Flic ? Il vient du claquement de la cravache et du fouet, et par extension il est donné à celui qui use de la cravache et du fouet, c’est à dire qui use de la force sans qu’il ait à en répondre devant qui ce soit, celui qui jouit, en un mot, d’impunité.
Roberto Bolanõ - Le policier des souris dans Le Gaucho Insupportable
lundi 20 avril 2009
À portée de main
Par Michaël le lundi 20 avril 2009, 17:20
Des choses sont là, à portée de main, dont j’ignore tout mais que j’aimerais peut-être, et qui m’attendent sans doute. Même si je me trompe. Le plaisir violent d’une nouvelle arrivée. Une belle lumière dans un restaurant qui vous plaît particulièrement. Un chauffeur de taxi qui a une vie intéressante à raconter. La voix fortuite et chantante d’une inconnue, que vous pouvez écouter dans un bar où vous entrez pour la première fois, à une heure où vous auriez normalement été seul. Tout cela vous attend. Qu’espérer de mieux ? De plus mystérieux ? De plus désirable ? Rien. Strictement rien.
Richard Ford - Un week-end dans le Michigan
lundi 9 mars 2009
Avec toutes sortes de belles idées
Par Michaël le lundi 9 mars 2009, 22:34
Ils se droguaient avec toutes sortes de belles idées qu’ils se faisaient d’eux-mêmes et de leur talent, des hommes et de leur puissance, de ce qu’ils appelaient leur civilisation, leurs maisons de la culture, avec le matériel des surplus américains qui couvrait déjà toute la terre et qu’ils envoyaient maintenant tourner autour de la lune, à la recherche d’endroits toujours nouveaux où ils pourraient déverser leurs ordures.
vendredi 6 mars 2009
Savon
Par Michaël le vendredi 6 mars 2009, 22:21
Les Simbas mangeaient leurs prisonniers blancs et noirs après les avoir torturés. Les Allemands les transformaient en savon. La différence entre les Simbas barbares et les Allemands civilisés était tout entière dans ce savon. Ce besoin de propreté, c’est la culture.
dimanche 1 mars 2009
Faut que tu sortes de l’enfance
Par Michaël le dimanche 1 mars 2009, 00:17
- Faut que tu sortes de l’enfance, dit-elle enfin. C’est tout. Mon petit gars pas verni, mon petit gars à moi, il ne t’est jamais venu à l’idée que nous aussi, on fait notre numéro? On est plus vieilles que vous, on a vécu à l’intérieur de vous, autrefois: la cinquième côte, la plus proche du coeur. Nous avons su tout ce qu’il y avait à savoir, à ce moment là. Depuis, ça a été notre jeu de nourrir ce coeur, que tous vous croyez creux, alors que nous, on sait qu’il n’en est rien. Et en plus vous vivez en nous pendant neuf mois, et chaque fois aussi que vous avez envie de retourner d’où vous venez.
mardi 21 octobre 2008
Le bonheur à deux
Par Michaël le mardi 21 octobre 2008, 15:49
Le bonheur à deux exige une qualité très rare d’ignorance, d’incompréhension réciproque, pour que l’image merveilleuse que chacun avait inventée de l’autre demeure intacte, comme aux premiers instants.
Romain Gary - Charge d’âme
lundi 22 septembre 2008
Il n’avait plus, comme autrefois
Par Michaël le lundi 22 septembre 2008, 22:04
Il n’avait plus, comme autrefois, de ces mots si doux qui la faisait pleurer, ni des ces véhémentes caresses qui la rendait folle; si bien que leur grand amour, où elle vivait plongée, parut se diminuer sous elle, comme l’eau d’une fleuve qui s’absorberait dans son lit, et elle aperçut la vase.
mercredi 10 septembre 2008
Le raffinement de l’information
Par Michaël le mercredi 10 septembre 2008, 17:49
Non, rien à faire, je ne m’y fais pas. Ce que je fais n’a aucun sens. Je découvre un bon restaurant, je le présente à tout le monde dans un magazine. Allez à tel endroit, choisissez tel plat. Mais faudrait-il que les gens se déplacent exprès pour ça? Ils n’ont qu’à goûter eux même et choisir ce qui leur plaît. Non? Pourquoi faut-il dire aux gens ce qu’ils doivent manger? Pourquoi faut-il leur apprendre même la façon de lire un menu et de choisir leur plat? Et en plus, dès qu’un restaurant est rendu célèbre par un article dans les journaux, la qualité de la cuisine et du service se met à baisser. C’est le cas pour neuf établissements sur dix. L’équilibre de l’offre et de la demande est détruit. À cause de gens comme moi. On découvre quelque chose et après on le détruit systématiquement. On trouve quelque chose d’immaculé et on le rend plein de tâches. Les gens appellent ça de l’information. On passe au peigne fin tous les espace de la vie et de l’intimité des gens, et on appelle ça le raffinement de l’information. Ce genre de choses me dégoûte au plus haut point, alors que je le fais moi même.
vendredi 29 août 2008
Une région qu’on aurait dit lacustre
Par Michaël le vendredi 29 août 2008, 22:41
En certaines occasions, assis aux terrasses ou autour d’une table cabaret sombre, le trio s’installait sans aucune raison dans un silence obstiné. Ils paraissaient soudain se pétrifier, oublier le temps et se tourner totalement vers l’intérieur, comme s’ils quittaient l’abîme de la vie quotidienne, l’abîme des gens, l’abîme de la conversation et décidaient de se pencher sur une région qu’on aurait dit lacustre, une région d’un romantisme tardif, où les frontières étaient chronométrées de crépuscule à crépuscule, dix, quinze, vingt minutes qui duraient une éternité, comme les minutes des condamnés à mort, comme les minutes des parturientes condamnés à mort qui comprennent que plus de temps n’est pas plus d’éternité et cependant désirent de toute leurs âmes plus de temps, et ces vagissements étaient les oiseaux qui traversaient de temps en temps et avec quelle sérénité le double paysage lacustre, pareils à des excroissances luxueuses ou des battements de coeur. Puis, bien sûr, ils revenaient du silence endoloris de crampe et se remettaient à parler d’inventions, de femmes, de philologie finnoise, de la construction de routes dans la géographie du Reich.
mardi 26 août 2008
Le Paradis et l’Enfer selon Archimboldi
Par Michaël le mardi 26 août 2008, 23:34
Ce soir-là, pendant qu’il travaillait à l’entrée du bar, il se mit à percevoir dans un temps à deux vitesses, le premier était très lent, et gens et objets se déplaçaient dans ce temps de manière imperceptible, l’autre était très rapide et tout, y compris les choses inertes, étincelait de vitesse. Le premier temps s’appelait Paradis, le second Enfer, et la seule chose qu’Archimboldi désirait était de ne jamais vivre dans aucun des deux.
dimanche 10 août 2008
Il n'avait pas l'air d'un enfant mais d'une algue
Par Michaël le dimanche 10 août 2008, 14:54
En 1920, Hans Reiter naquit. Il n'avait pas l'air d'un enfant mais d'une algue. [...] Il n'aimait pas la terre et encore moins les forêts. Il n'aimait pas non plus la mer ou ce que le commun des mortels appelle la mer, et qui en réalité est seulement la superficie de la mer, les vagues hérissées par le vent qui peu à peu se sont transformées en une métaphore de défaite et de folie. Ce qu'il aimait, c'était le fond de la mer, cette autre terre, pleine de plaines qui n'étaient pas des plaines, de vallées qui n'étaient pas des vallées, et de précipices qui n'étaient pas des précipices.
dimanche 27 juillet 2008
Tous ceux qu'elle connaissait vivaient de façon semblable
Par Michaël le dimanche 27 juillet 2008, 17:54
Pour elle, et peut-être pour de nombreuses autres personnes de sa génération, il semblait que l'avenir serait pire que le présent, que la "stabilité" était une chimère, et par conséquent que la bonne façon de vivre consistait à travailler correctement et discrètement, pour un salaire décent, sans pour autant renoncer aux fonds de retraite, en dépensant autant que faire se peut cette rénumération dans des sorties au cinéma, des restaurants, des vêtements "fun", de beaux meubles, une belle vue, et d'autres gâteries de ce genre. (Je ne veux pas être inspirée par le douleur, dit-elle à son amie Heidi. Je veux être inspirée par l'amour.) Si l'assiduité au travail de John signifiait peu pour elle, il en allait de même pour les quêtes intellectuelles ou spirituelles en tout genre. Ces dernières ne lui paraissaient pas accessibles, seulement sans intérêt. Les biens et les loisirs décoraient sa vie, et elle vivait en attendant la mort, ni heureuse, ni triste. Les sociétés de carte de crédit, les courtiers en prêts hypothécaires, les démarcheurs téléphoniques et les agences de voyage la sollicitaient continuellement. Elle ne les appréciait guère, mais ils satisfaisaient partiellement son désir inquiet d'être reconnue. De temps en temps, elle se servait de sa carte de crédit pou acheter des choses qu'elle ne pouvait pas vraiment se payer, et pendant le premier ou même le deuxième paiement la satisfaction qu'elle expérimentait était quasi sexuelle. Tous ceux qu'elle connaissait vivaient de façon semblable.
jeudi 17 juillet 2008
Le problème de la survie
Par Michaël le jeudi 17 juillet 2008, 17:20
Après avoir jeté un regard vers le dernier balcon, Mays conclut que la plupart des gens se rendaient au théâtre parce que cette activité satisfait à toutes les exigences de ce qu'en de lointaines époques on appelait des «hobbies»: elle était coûteuse, ne produisait rien d'utile, et permettait de tuer le temps. Le problème de la survie ne tenait plus à la dureté de l'existence, à sa brutalité et à sa brièveté. Aujourd'hui, la difficulté venait de ce que la vie était confortable, sinistre et longue.
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