Le Carnet de Michaël

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mardi 9 mars 2010

La fin des temps

Les romans d’Haruki Murakami sont pour moi une source de bien-être et de satisfaction. En avoir toujours un d’avance dans ma pile de livres à lire est une assurance contre les mauvais ouvrages, le mauvais temps et le mauvais sort. C’est un réconfort sur commande. La fin des temps a parfaitement rempli ce rôle de rayon de soleil pendant un mois de février bien pluvieux.

Les chapitres impairs de l’ouvrage racontent, à la façon d’un roman noir, les aventures d’un informaticien engagée pour crypter des données. Les chapitre pairs narrent quant à eux la découverte d’un village par un nouvel habitant. Ce village, sa forêt, ses collines et sa rivière, sont isolés du reste du monde par une muraille. Ils obéissent à des règles étranges. Par exemple ils accueillent des licornes pendant la journée, qui ressortent hors des murs pour la nuit. Le héros, qui n’a pas de nom, devient le liseur de rêves de cette communauté.

À la fin du livre il est révélé que les murailles encerclent le monde intérieur de l’informaticien. Ce dernier a la particularité d’avoir un univers intérieur stable et cohérent. De ce fait il est le seul survivant d’expériences sur le cerveau menées quelques années plutôt par l’entreprise qui l’emploie.

Le nouveau venu au village comprend qu’il est à l’origine de cette ville parfaite, où tous les habitants ont une fonction à remplir, où personne ne peut blesser personne, parce que tous ont perdu leurs ego et leurs coeurs. Dans les dernières pages du livre il découvre un moyen de partir et de retourner vers le monde d’où il vient.

Par amour, et parce qu’il se sent responsable de ce lieu, il décide de rester. Même en étant exclu et obligé d’aller vivre dans la forêt, il préfère rester à l’intérieur des murailles de son esprit. Avait-il vraiment le choix? L’informaticien voulait continuer à vivre. Son cerveau a été câblé pour que l’individu physique disparaisse au sein de sa conscience.

Aussi il est difficile de savoir si l’habitant du village a pu décider de rester - auquel cas l’informaticien aurait eu un choix inconscient opposé à son choix conscient - ou bien si la décision de rester a été imposée par la structure du cerveau hébergeant cet univers. Le seul choix issu de son libre arbitre semble être celui de garder son coeur, de redonner le sien à la femme qu’il aime et de s’exclure ainsi de la ville.

Par contrainte extérieure, ou par choix inconscient, le héros de Murakami va abandonner son corps et ses sensations physiques qui le relie au monde pour entrer dans un univers virtuel. Il vivra dans l’éternité de sa conscience, de ses rêves. C’est un destin de Pygmalion inversé, un Pygmalion disparaissant dans la création de son esprit, au lieu d’amener à la vie à cette création.

samedi 6 février 2010

De La Zone du Dehors à Centrale Europe, et retour

Curieux hasard combiné des sorties de livres en poche, de mes achats, et de mes choix de lectures.

Après avoir fini l’année 2009 en terminant le superbe La Zone du Dehors, j’ai passé tout le mois de janvier, du 1 au 31, à ne lire qu’un seul livre: Centrale Europe. Le hasard, donc, a donné à ces deux livres un thème commun: celui du totalitarisme.

La Zone du Dehors, d’Alain Damasio, décrit le totalitarisme doux d’un univers de science fiction, d’une société du contrôle généralisée, d’une démocratie molle où les libertés ont été abandonnées en échange de la sécurité. Cet univers n’est qu’un portrait à peine déformé de notre quotidien. Le roman s’attache à décrire le combat de quelques uns pour sortir de ce carcan, pour redonner au plus grand nombre l’envie d’imaginer une autre vie, puis de la vivre dans son entièreté.

Centrale Europe quant à lui n’est pas qu’un roman. C’est un ensemble de tableaux mettant en scène des personnages fictifs ou réels dans des situations historiques. Certains de ces épisodes sont indépendants de tout fil narratif. D’autres constituent des chapitres plus classique de romans. Tous ces récits dessinent une mosaïque représentant l’Europe, du moins la Centrale Europe ainsi que l’appelle l’auteur.

Dans ce livre la puissance du verbe de Vollman retranscrit la violence, l’horreur et l’absurdité des pires évènements du vingtième siècle européen: guerre, camps d’extermination, police secrète, goulag, etc.

Les dérives liberticides actuelles apparaissent alors dérisoires par rapport aux totalitarismes du passé. Surveillance généralisée, sur internet ou dans la rue, limites de la liberté d’expression, tout cela ne mènera pas forcément à un totalitarisme aussi dur que ceux du passé, difficile à dépasser. Mais cela ne doit être le prétexte pour abandonner la lutte.

Le bienfait du livre La Zone du Dehors est justement de donner de l’envie de se battre. Il décrit le devenir de nos démocraties où la technologie ne sert qu’au biocontrôle et à restreindre les libertés, où la société du loisir satisfait la classe moyenne pour qu’elle oublie ces contrôles, ces restrictions et le sort des laissés pour compte, où l’infantilisation de la population va jusqu’au renommer chaque individu selon sa position, son métier, ses capacités.

Cette société du contrôle apporte le confort au plus grand nombre et étouffe quelques uns. Étouffement physique, étouffement moral, étouffement psychique, ces quelques uns ont besoin de ce soulever contre ce confort. Leur combat est l’histoire du livre. La Zone du Dehors interroge ouvertement le bien fondé d’une telle révolte dans une société qui satisfait le plus grand nombre.

Aucune réponse simple n’est trouvée. Car en définitive c’est au lecteur de répondre. Ce qui pourra le convaincre, c’est le souffle épique, la rage, le désir sauvage d’émancipation, et la foi en la nature humaine du roman.

lundi 9 novembre 2009

Chroniques de l’oiseau à ressort

Voilà un livre qui donne envie de se cuisiner de spaghettis, de quitter son travail du jour au lendemain pour devenir homme au foyer, de s’isoler au fond d’un puits à sec pendant plusieurs jours en jeûnant, de faire des rêves érotiques, de s’asseoir sur un banc et de regarder les gens passer pour laisser venir à nous la solution à nos problèmes.

C’est aussi le premier livre d’Haruki Murakami que je lis sombre au point de faire peur, et d’angoisser. C’est même un roman difficile à lire dans l’obscurité, par exemple le soir dans son lit, sans ressentir le besoin de vérifier par dessus son épaule qu’il n’y a aucune présence indésirable, anormale, derrière soit.

On y reconnaît certains des thèmes habituels de Murakami: des femmes qui disparaissent; «la crise de la trentaine», avec des personnages qui se retrouvent dans une vie qu’ils n’ont pas choisie. Le thème du fil ténu qui sépare une réalité d’une autre réalitée, avec cette question qui accompagne le narrateur : « À quel moment les choses ont commencé à ne plus se dérouler comme elles sont supposer le faire, à quel moment suis-je passé de l’autre côté ? ».

Le thème de la fidélité, très présent, est plus original pour un roman de Murakami. Fidélité en amour et dans le mariage : le narrateur, quitté par sa femme, va tout faire pour la retrouver et la récupérer. Fidélité aux principes, à ce qu’on est, à ce qu’on est supposé faire. Cet attachement à des valeurs guide le héros que traversent des réflexions telles que « Combien de temps dois-je rechercher un chat disparu ? », « Ai-je le droit de quitter, de fuir, ma maison sans avoir résolu les problèmes qui y sont liés, dont je perçois à peine l’existence ? »

Mais ce qui distingue avant tout ce livre des autres livres du même auteur est le sentiment d’angoisse, jamais aussi fort, lorsque le thème du Mal est abordé. Dans l’histoire le mal, sentiment diffus d’un secret malsain, chose étrange qui poursuit le héros narrateur dans les rêves, est incarné principalement par Noboru Wataka, son beau frère.

Il se présente aussi concrètement dans des actes du passé, commis dans les années 30 et 40 par des japonais, des soldats russes sur le continent chinois et dans les mines du goulag.

Voilà donc un livre d’Haruki Murakami, toujours agréable à lire, mais plus noir, moins léger que les autres.

jeudi 15 octobre 2009

Le gâteau d’Achille

L’origine du gâteau d’Achille

Achille est un petit crocodile qui décide, du jour au lendemain, de ne plus manger de bananes pour manger un enfant. Ses parents lui préparent alors un énorme gâteau, pour le faire changer d’avis.

Le gâteau d’Achille préparé par ses parents

À l’occasion d’un anniversaire familial, c’est le gâteau d’Achille qui m’a été demandé. Voici donc la recette.

La génoise

Tout d’abord il faut préparer la génoise. Il est plus simple de la préparer la veille. Sa recette est la suivante.

Ingrédients pour un moule de 24 cm de diamètre :

  • 150 g de farine
  • 150 g de sucre
  • 5 oeufs
  • 20 g de cacao pur non sucré
  • 1/2 paquet de levure chimique

Préparation :

  • Séparer les blancs des jaunes.
  • Bien travailler les jaunes au fouet en ajoutant le sucre petit à petit ainsi qu'une cuiller à soupe d'eau tiède.
  • Quand le mélange devient plus clair et plus fluide, ajouter la farine et le cacao, puis la levure.
  • Mélanger encore.
  • Battre les blancs en neige ferme et les incorporer délicatement.
  • Beurrer le moule.
  • Faire cuire dans le four préchauffé à 180°C (thermostat 6) pendant 30 minutes.
  • Vérifier la cuisson avec la pointe d'un couteau qui doit ressortir sèche.

La garniture

Il faut couper la génoise en trois. Entre les deux couches basses j’ai choisi de mettre une crème au chocolat.

Ingrédients :

  • 200 grammes de chocolat noir (à croquer);
  • 130 grammes de sucre;
  • 200 grammes de beurre;
  • 4 oeufs.

Préparation :

  • Faire fondre le chocolat cassé en morceaux, sur feu doux avec le beurre coupé en parcelles.
  • Travaillez le sucre et les jaune d'oeufs jusqu'à la fonte du sucre.
  • Ajoutez en remuant vivement au chocolat fondu.
  • Battez les oeufs en neige très ferme,
  • incorporez au mélange précédent.

Entre les deux couches hautes, j’ai mis des poires au sirop, découpées en lamelles. Et encore un peu de mousse au chocolat, en en réservant assez pour le nappage.

Finitions

J’ai donc nappé le gâteau de mousse au chocolat, mais aussi de crème pâtissière (après coup j’ai réalisé que j’avais confondu crème pâtissière et crème anglaise). Pour cette dernière j’ai suivi la recette de Super Toinette. Comme j’ai versé un peu trop de vanille, que j’utilise du sucre roux, et qu’enfin je l’ai légèrement trop cuite, la crème était plus marron clair que jaune. Cela ne l’a pas empêchée d’être très appréciée.

À la fin j’ai aussi ajouté quelques bonbons et de la crème chantilly pour décorer.

Photo

Voici le résultat final:

Le gâteau d’Achille réalisé par Michaël

Certes le gâteau est moins impressionnant que celui d’Achille. Il a l’air avachi, et d’avoir eu un coup de chaud. Mais il était très bon. Sa durée de vie a été très courte pour un spécimen de sa taille.

(Le total des calories contenu dans le gâteau d’Achille est laissé en exercice au lecteur)

samedi 19 septembre 2009

Angle mort

Un angle mort. Cette femme avait sûrement raison. Il y avait dans mon esprit, dans mon corps, dans mon existence même, un monde englouti, perdu quelque part. C’était peut-être ça qui faisait que ma vie s’écartait légèrement de ce qu’elle aurait dû être.

Haruki Murakami - Chroniques de l’oiseau à ressort

vendredi 18 septembre 2009

Pygargue sachant pêcher

Ce n’est pas de facile de prendre en photo un pygargue à tête blanche en train d’attraper un poisson. Surtout avec un vieux appareil compact de cinq ans. Au final cela donne les deux images suivantes.

Un pygargue en approche sur une mare

Un pygargue en train d’attraper un poisson dans une mare

lundi 24 août 2009

Excès de vacances

Mon premier excès de vacances a lieu au moment de choisir les livres que je vais emmener avec moi. Trois semaines en montagnes nécessitent un stock important et varié de lectures.

Pile de livres

Cette année j’ai fait des progrès. Je n’ai pris aucune bande dessinée qui entrait à peine dans la malle, sans être ouverte ensuite. Je me suis contenté d’un stock de comics pour lire sur l’écran de mon ordinateur. Heureusement que leur encombrement était minime, car je n’en ai lu aucun.

Deux jours après mon arrivée j’avais terminé le livre commencé avant de partir. L’année dernière j’avais passé plus d’une semaine à finir Trois Fermiers s’en vont au Bal avant de commencer 2666. Cette année je suis rentré dans Mexico dès les premiers jours.

Au final sur les neufs livres emportés:

  • J’ai lu deux chapitres du roman anglais;
  • J’ai lu une nouvelle du recueil de l’auteur japonnais, ce qui m’a permis de finir le livre;
  • Je n’ai même pas feuilleté le plus minces de toutes les livres;
  • J’ai commencé à apprendre à jouer au jeu d’échecs, mais je débute encore;
  • J’ai lu la moitié d’un livre;
  • J’ai découvert qui était Martin Mantra;
  • J’ai pas ouvert le livre de David Allen en anglais;
  • Ni le numéro de la Revue Multitudes sur le Revenu Universel;
  • J’ai vaguement ouvert un ouvrage en français traduit de l’anglais.

vendredi 14 août 2009

Comment choisir un roman pour les vacances

Chaque année, au début de l’été, la même question se repose, toujours identique. Quel livre vais-je emporter avec moi pour les vacances? Ma pile de livres à lire, achetés les mois précédents, a beau être importante, je m’interdit d’y piocher dedans pour trouver mon compagnon de vacances.

Il existe des règles à respecter, pour choisir un livre de vacances:

  1. Découvrir un nouvel auteur, dont je n’ai rien lu avant;
  2. Cet auteur doit être un contemporain;
  3. Acheter le livre dans l’unique but de le lire pendant les vacances;
  4. Être sûr de la qualité du livre en prenant un livre plébiscité par mes journaux préférés;
  5. Profiter des vacances pour éviter les livres de poches.

Est-il utile de préciser que, comme pour toute règle, celles-ci n’existent que pour être cassées, brisées et foulées aux pieds?

vendredi 10 juillet 2009

Mais le mieux ?

Tout ça, c’était bien, parfois même mystérieux, parfois assez visiblement compliqué pour sembler intéressant et même passionnant, la substance dont la vie se nourrit en grande partie et que nous prenons comme acompte sur ce qui nous est dû éternellement. Mais le mieux ?

Inutile de chercher. Le mieux, c’est un concept sans référence dès qu’on est marié et qu’on en a fait un gâchis, peut-être même dès qu’on a goûté son premier banana split à cinq ans et découvert, après l’avoir terminé, qu’on en voudrait un autre. En d’autres termes, mieux vaut tirer un trait dessus. Le mieux, c’est fini.

Richard Ford - Indépendance

jeudi 9 juillet 2009

L’esprit occupé

En d’autres termes, je m’efforce d’avoir toujours l’esprit occupé par une tâche définie et réalisable, afin de ne pas disparaître. Mais il est vrai qu’au moment de glisser dans le sommeil, quand partent à la dérive les soucis et les déboires, il m’arrive de me sentir moi-même flotter et de ne plus trop savoir où je suis ni où je vais. Pourtant, à la vieille injonction : «Fais ta vie», je peux répondre : «J’ai déjà une existence, merci.»

Richard Ford - Indépendance

lundi 6 juillet 2009

La seule vérité gnostique de l’immobilier

Malheureusement, par ignorance et obstination, les Markham n’ont pas réussi à saisir la seule vérité gnostique de l’immobilier (une vérité impossible à révéler sans paraître malhonnête et cynique) : les gens ne trouvent ou n’achètent jamais la maison dont ils rêvaient. L’économie de marché, ai-je appris, ne se fonde même pas approximativement sur la satisfaction des exigences de qui que ce soit. Le principe consiste à vous montrer ce dont vous auriez cru ne vouloir à aucun prix, mais qui est disponible, si bien que vous cédez et commencer à trouver des moyens de vous réconcilier avec cette solution et avec vous-même. D’ailleurs, qu’y a-t-il de mal ? Pourquoi n’obtiendrez-vous que ce que vous croyez chercher, ou seriez-vous limité par ce que vous pouvez simplement escompter ? Ça ne se passe jamais ainsi dans la vie, et si vous n’êtes pas un imbécile vous déciderez que c’est mieux comme ça.

Richard Ford - Indépendance

dimanche 14 juin 2009

Une définition de la Décroissance

Plus d’un an après son déroulement, je viens de découvrir, via un site américain, que s’est tenu à Paris une conférence internationale sur la Décroissance.

Je n’ai pas eu le courage de lire les actes de cette conférence (300 pages en anglais). En revanche la déclaration finale est intéressante:

Nous appelons à changer d’horizon et à passer de la poursuite générale et illimitée de la croissance économique au concept d’ajustement des économies nationales et mondiale.

1. Au niveau mondial, l’ajustement signifie une réduction de l’empreinte écologique totale (l’empreinte carbone incluse) jusqu’à un niveau soutenable.

2. Dans les pays où l’empreinte écologique par personne est supérieure au niveau mondial soutenable, l’ajustement signifie une réduction vers le niveau soutenable en un temps raisonnable.

3. Dans les pays où existe une grande pauvreté, l’ajustement implique une augmentation aussi rapide que possible de la consommation pour les plus pauvres, de manière soutenable, jusqu’à l’obtention d’un niveau de vie décent, selon des approches de réduction de la pauvreté déterminées localement plutôt que par des politiques imposées de l’extérieur.

4. Dans certains cas cela nécessitera une augmentation de l’activité économique, mais la redistribution de revenus et de richesse de manière intra- et inter-nationale formera l’essentiel du processus.

Suivi de la définition de la décroissance:

Le processus par lequel on peut obtenir l’ajustement dans les pays les plus riches et globalement dans l’économie mondiale s’appelle la «décroissance».

Voilà qui répond aux critiques trop rapides de la «Décroissance» pour qui ce mouvement va l’encontre du développement des pays les plus pauvres. Au contraire, «La Décroissance» ainsi définie a pour objectif l’amélioration des conditions de vie dans ces pays.

Il reste selon moi deux obstacles à ce que l’idée de «Décroissance» se propage et s’impose comme une nécessité, à l’instar de l’écologie :

  1. l’égoïsme, l’absence de vision de la plupart des hommes politiques des pays riches, et de quelques uns de leurs électeurs, certainement pas prêts à abandonner leurs voitures et leurs écrans plats;
  2. ce terme de «décroissance», qui continue en lui même à se définir négativement.

samedi 6 juin 2009

Harmonie qui ne se trouble…

Pour faire les amitiés sincères et durables entre femme, il faut qu’elles aient été cimentées par de petits crimes. Quand deux amies peuvent se tuer réciproquement, et se voient un poignard empoisonné dans la main, elles offrent le spectacle touchant d’une harmonie qui ne se trouble qu’au moment où l’une d’elles a, par mégarde, lâché son arme.

Balzac, Les Secrets de la princesse de Cadignan

jeudi 28 mai 2009

Le Figaro revisited

Original

Car aussi surprenant que cela puisse paraître, la justice, qui peut placer des caméras et des micros partout, n'avait aucun droit d'accès aux ordinateurs, sanctuarisés par un vide juridique. Certes, elle pouvait exiger des informations auprès des fournisseurs d'accès à Internet. Mais le résultat était parfois aléatoire. Surtout, elle ne pouvait pas capter les conversations des trafiquants qui communiquent désormais via leur ordinateur grâce au protocole du logiciel Skype, entièrement crypté.

(Source)

Variation Première

Car aussi surprenant que cela puisse paraître, la justice, qui peut placer des caméras et des micros partout, n'avait aucun droit d'accès aux dessous de couette, sanctuarisées par un vide juridique. Certes, elle pouvait exiger des informations auprès des voisins. Mais le résultat était parfois aléatoire. Surtout, elle ne pouvait pas capter les conversations qui se chuchotaient à voix basse sous les draps.

Variation Seconde

Car aussi surprenant que cela puisse paraître, la justice, qui peut placer des caméras et des micros partout, n'avait aucun droit d'accès aux cerveaux, sanctuarisés par un vide juridique. Certes, elle pouvait exiger des informations auprès de leurs propriétaires. Mais le résultat était parfois aléatoire. Surtout, elle ne pouvait pas capter les conversations intérieures des individus entièrement silencieuses.

lundi 25 mai 2009

Le néo-petit-bourgeois « libertaire » et la non-conformité

Cantonnée au mode de vie conçu comme style de vie, la non-conformité n’a donc plus de raisons de s’en prendre aux normes et aux codes officiels puisque leur « transgression » individuelle, institutionnalisée, subventionnée et mercantilisée, participe maintenant du renouvellement de la domination capitaliste.

La suite, ou plutôt le commencement, se trouve dans un article de numéro de janvier 2009 du Monde Diplomatique.

mardi 19 mai 2009

Un Week end dans le Michigan

Un Week end dans le Michigan est un roman de Richard Ford, raconté à la première personne par Franck Bascombe, le protagoniste principal.

Le personnage de Franck, anti héros de banlieu, est à la recherche perpétuelle de motifs de satisfaction, à l’affût des petits plaisirs et des petits mystères. Sa maison dans le New Jersey, son travail de journaliste sportif, sa liaison avec une jeune infirmière, un week-end de Pâques dans le Michigan, tout est source de bien être et de statut-co, prétexte à ne pas en désirer plus.

Sans attente, en dehors de nouvelles amitiés viriles et superficielles, sa vie semble arrêtée. Son égoïsme et son refus de partager la douleur des autres finiront par blesser ses proches, et isoleront Franck encore plus, y compris du lecteur dont la sympathie ne lui sera plus acquise à un certain point du livre.

Ce roman est une description minutieuse et précise du mode vie des classes moyennes américaines des années 80, aux valeurs simples et conservatrices, apolitiques dans un pays gouverné par Reagan. Baigné dans une ambiance de nostalgie de l’instant présent, sans tristesse, il entraîne le lecteur dans le quotidien des banlieues résidentielles à la recherche du sel de l’existence, selon Franck Bascombe : le mystère.

mardi 12 mai 2009

Au pas, au pas, au pas: Jean-Jacques Guillet et la loi Hadopi

Finalement Monsieur le Député Maire de Chaville n’a pas ré-édité son acte de bravoure contre un gouvernement de sa majorité. Alors qu’il s’était opposé en 2006 contre la loi Dadvsi, parce qu’elle mettait des «obstacles juridiques excessifs au téléchargement» et qu’elle allait à «à l’encontre de l’évolution de la société», la loi dite Hadopi, qui n’autorise que la surveillance des communications et la coupure à internet sans décision judiciaire, s’est trouvée, elle, digne de son vote.

Par cette décision M Jean-Jacques Guillet est rentré rentré dans le rang. Lors du vote sur la loi Dadvsi il faisait partie des 78 députés de l’UMP, sur un total de 364, à faire preuve d’indépendance, en ne votant pas pour le texte: soit en ne participant pas au vote, soit en s’abstenant ou en votant contre. Ainsi il appartenait aux quelques 21% des députés ayant exprimé leur désaccord d’une façon ou d’une autre.

Lors du vote d’aujourd’hui, ils ne sont plus que 33 députés sur 317 de la majorité, soit 10,41%, à ne pas avoir suivi l’ordre venu d’en haut de voter la loi. M Jean-Jacques Guillet n’en fait plus partie. Autrement dit il s’est sagement rangé avec le reste des troupes UMP.

D’après son assistante parlementaire jointe au téléphone le mardi 12 mai au matin, M Jean-Jacques Guillet a considéré que les amendements modifiant la loi était de nature suffisante à apporter son soutien au texte.

Lettre ouverte à Monsieur Jean-Jacques Guillet, Député Maire de Chaville, au sujet de la loi Hadopi

Monsieur le Député Maire

En mars 2006 vous aviez affirmé votre indépendance vis à vis du gouvernement en vous positionnant contre la loi Dadvsi qu’il proposait alors au vote des députés.

Je reprends vos propos, qui sont encore disponibles en ligne :

La technologie évolue rapidement et on ne peut mettre des obstacles juridiques excessifs au téléchargement. […] Je reconnais qu’il faut protéger la création. Mais les solutions envisagées par le gouvernement vont à l’encontre de l’évolution de la société. Je ne voterai pas ce texte.

Demain, mardi 12 mai 2009, la loi Hadopi sera à son tour soumise au vote des députés. Les critiques que vous avez formulées il y a trois ans sont toujours d’actualité. Elles sont partagées par le parlement européen, par des députés UMP, par plusieurs associations d’artistes et de très nombreux internautes.

Aussi, à quelques heures du votes, je voulais m’assurer que vous vous opposerez à cette loi inapplicable qui va à l’«encontre des droits de l'homme, des droits civiques», ainsi que l’a formulé le parlement européen la semaine dernière.

En attendant votre réponse, je me permets de diffuser publiquement ma requête.

Je vous vous prie d'agréer Monsieur le Député-Maire l'expression de mes sentiments les meilleurs.

mercredi 6 mai 2009

Collabo

Les situations historiques toujours nouvelles dévoilent les possibilités constantes de l’homme et nous permettent de les dénommer. Ainsi, le mot collaboration a conquis pendant la guerre contre le nazisme un sens nouveau : être volontairement au service d’un pouvoir immonde. Notion fondamentale ! Comment l’humanité a-t-elle pu s’en passer jusqu’en 1944 ? Le mot une fois trouvé, on se rend compte de plus en plus que l’activité de l’homme a le caractère d’une collaboration. Tous ceux qui exaltent le vacarme mass-médiatique, le sourire imbécile de la publicité, l’oubli de la nature, l’indiscrétion élevée au rang de vertu, il faut les appeler : collabos du moderne.

Milan Kundera - Soixante treize mots dans l’Art du roman

lundi 4 mai 2009

Le froissement de ses bas

J’entends le froissement de ses bas lorsqu’elle se retourne, puis repart sur la pelouse et dans le vent, les bras écartés du corps, marchant sur la pointe des pieds pour éviter que ses talons ne s’enfoncent dans la terre détrempée. Elle ne se retourne pas - elle ne doit pas le faire - et disparaît rapidement dans la maison. [...] Je reste quelques instants assis à l’endroit où je suis tombé, près de ma voiture, les yeux levés vers les nuages qui se déchirent, en essayant d’arrêter le manège vertigineux du monde. Tout m’a paru attrayant et prometteur, mais je me demande maintenant si la vie ne m’est pas passé sur le corps comme un énorme semi-remorque, avant de m’abandonner , écrasé, au bord de la route.

Richard Ford - Un week-end dans le Michigan

- page 1 de 5